BIOGRAPHIE DE C BURG
(http://infodoc.inserm.fr/histoire)
à Aumetz (Moselle) le 28 juin 1924, le Professeur
Constant,Burg est
fils de médecin. A la défaite, en 1940, il habite avec sa
famille en
Lorraine annexée. En novembre 1942, il est enrôlé
de force en Allemagne
dans l' Arbeitdienst. A la suite. d'une première tentative
d'évasion,
il est incorporé dans une compagnie disciplinaire mais il
réussit sa
seconde tentative réfractaire de l'armée allemande, il
gagne la Suisse.
Là, il est détenu pendant un an dans un camp de travail
dans le cadre
des accords germano-hélvétiques. Il obtient ensuite les
complicités
nécessaires pour revenir en France et gagne alors le maquis de
Haute-Savoie où il combat jusque en 1945.
Il fait ensuite ses
études de médecine à Strasbourg, puis sa
spécialité en biophysique médicale auprès du Professeur
André Chevallier. Il
passe l'agrégation de biophysique médicale en 1955. Il
sort major de sa
promotion. Il est ensuite affecté à la faculté de
médecine de Nancy
comme professeur titulaire de biophysique médicale et chef du
service
de médecine nucléaire. Il y assume également la
fonction d'assesseur du
doyen de 1958 à 1965.
Nommé Directeur
général de l'Inserm en
1969, il réorganise profondément celui-ci, lui apportant
la
consécration internationale et formant nombre de chercheurs,
futurs
responsables de la recherche médicale. Nommé au Conseil
d'Etat en 1979,
il y exprime sa passion pour la recherche comme son sens de la rigueur.
Elu à la présidence du Conseil d'administration de
l'Institut Curie en
1985, il s'attache d'emblée à plusieurs projets de grande
envergure.
Grâce à sa
pugnacité et à
l'aide des mécènes qui lui font confiance, la
construction de nouveaux
espaces de soins - c'est ainsi qu'il aime appeler l'hôpital
Claudius-Regaud - est une opération couronnée de
succès. Cet
établissement, ouvert en juin 1991, permet d'adapter les
activités
médicales de l'Institut à l'évolution de
l'environnement hospitalier et
sanitaire de cette fin de XXè siècle. C'est dans le
même esprit que le
Professeur Constant Burg a œuvré pour la création du
Centre de
protonthérapie d'Orsay (janvier 1992).
Médecin et
chercheur, il
est un spécialiste incontesté de la cancérologie
expérimentale et de la
radiobiologie. Fidèle à la tradition initiée par
Marie Curie, il s'est
toujours battu pour que les malades bénéficient, le plus
rapidement
possible, des résultats de la recherche fondamentale. En
créant à
l'Institut Curie le Laboratoire de transfert Garet, il ne vise pas
d'autre objectif.
Fort de son
expérience de
dix ans à l'Inserm, sans cesse préoccupé de la
qualité et de la
pertinence de la recherche, le Professeur Constant Burg réussit
à
convaincre le Conseil d'administration qu'il préside, de la
nécessité
de promouvoir une politique scientifique tenant compte des missions de
l'Institut Curie et de l'évolution de la science. L'ouverture
d'un des
principaux pôles européens de biologie cellulaire dans les
locaux
réhabilités de l'ancien hôpital est, tout comme le
développement d'axes
innovants en physique-chimie, un exemple de cette volonté.
Toute sa vie durant, cet
homme de l'ombre a participé à de nombreuses missions au
service de la
Nation : Conseiller d'Etat pendant plus de dix ans, il a
contribué, au
sein des plus hautes instances nationales, à
l'élaboration de la
politique de santé de notre pays. Mais, ce «grand
commis» de l'Etat,
qui s'est toujours mis au service des autres, a avant tout
été un homme
de cœur. Beaucoup se souviendront de son émotion lors de
l'inauguration, le 7 mars 1990, de la Maison des parents
Irène-Joliot-Curie et de son allocution le 15 janvier dernier
devant
l'Association «Courir pour la Vie, Courir pour Curie».
Le bilan de dix ans de recherche médicale
Une interview de Constant
Burg, directeur général de l'Inserm
France Soir, le 14 janvier
1975
Double
célébration,
dimanche, sous la présidence de Mme Simone Veil, ministre de la
Santé :
on a fêté à la fois le Xème anniversaire de
la création de l'Inserm et
l'inauguration du nouveau siège de cet organisme.
Dans les jours qui
suivent, jusqu'au 22 janvier, au cours de conférences
débats, animées
chacune par une demi-douzaine de chefs de file, on fera le point sur
«Dix ans de recherche à l'Inserm», en six domaines :
cancérologie,
néphrologie, hépato-gastro-entérologie,
neurologie, endocrinologie,
biologie du développement.
A cette occasion, le
directeur général de l'Inserm, le professeur Constant
Burg, lui même
médecin, biophysicien et chercheur a accordé à
Madeleine Franck une
interview exclusive.
Madeleine Franck -
Qu'attendez vous de ces manifestations qui vont marquer le Xème
anniversaire de l'Institut national de la santé et de la
recherche
médicale (Inserm) dont vous êtes directeur depuis cinq ans
?
Contant Burg - Que
le public apprenne – et cela grâce à vous les journalistes
- si son
argent a été bien employé ou non pour les
progrès de la médecine. Car
c'est une partie de l'argent des contribuables (280 millions pour
l'année 1975) que l'Inserm répartit entre ses 129
unités ou groupes de
recherches, répartis entre un millier de chercheurs qui lui sont
rattachés directement et beaucoup d'autres aussi qui
dépendent d'autres
structures - l'université, le CNRS, l'Institut Pasteur. Je me
considère
comme le représentant du public. Si je mets quatre sous quelque
part,
je veux avoir l'intérêt de mes quatre sous.
A vous d'apprécier,
cette
semaine et la semaine prochaine, si, dans les domaines pour lesquels
nous avons choisi de mettre le bilan sur table, les chercheurs que nous
finançons ont apporté du concret. Ont apporté ce
qui aidera dans
l'avenir à mieux vivre, à vivre plus longtemps.
M.F. - Vous exigez donc du rendement ?
C.B. - Et comment ! Avec une
sévérité dont vous n'avez aucune idée.
M.F. - Mais on peut chercher des
années sans aboutir ?
C.B. – Cela,
c'est un mythe. Chez nous, un échec est aussi une
découverte, dans la
mesure ou l'échec est celui d'un chercheur digne de ce nom - et
nous
n'acceptons que ceux-là - c'est à dire d'un individu qui
a un cerveau
bien structuré, des idées et une méthodologie
correctes. Nous récusons
celui qui a des idées tordues, celui qui dit « je suis un
génie, mais
je ne trouve pas, ni dans un sens ni dans l'autre». Celui
là est un
parasite.
M.F. - Comment jugez vous la valeur des travaux
d'un chercheur ?
C.B. - Depuis
quatre ans, par un critère scientifique d'une rigueur
extrême : par la
publication des résultats de ces travaux dans un certain nombre
de
revues de qualité internationale. Des revues dont on sait
qu'elles
n'acceptent que des articles originaux, qui ont l'instrument
administratif pour vérifier que ce qu'elles publient est
original.
M.F. - Surtout des revues
anglo-saxonnes, je crois ?
C.B. - Il commence à y avoir des
revues de cette qualité en France. Il y en aura de plus en plus.
M.F. - D'après ces
critères, quelle est la proportion des travaux valables faits
sous l'égide de l'Inserm ?
C.B. – Etonnante. Une
productivité inespérée. Tenez, voici le bilan pour
1975 des recherches
«physiologie et pathologie endocriniennes»,
supervisées par notre
commission scientifique n°7 (Constant Burg me tend un ouvrage de
530
pages où presque tout est écrit en anglais). Içi
succès à 100%. Pas un
seul des chercheurs dont les travaux n'y aient été
publiés selon notre
critère.
M.F. - Comment l'Inserm choisit-il les
thèmes de recherche qu'il finance ?
C.B. -
Deux impératifs. Le premier est de nature scientifique. Par
exemple,
ces dernières années est apparue l'importance essentielle
des
recherches en immunologie, parce qu'en dépendront, pour
l'avenir, des
progrès dans des domaines nombreux : en cancérologie,
neurologie,
gastroentérologie…
Deuxième
impératif : celui
que nous impose la collectivité. Par exemple, ces fléaux
de notre
société, tels les accidents de la grossesse, de la
naissance, les
enfants qui viennent au monde handicapés. C'est un cauchemar.
Les
chiffres sont impressionnants.
Guérir davantage,
prévenir
plus de maladies, c'est cela qui est en vue. Quand, dans un
laboratoire, un chercheur comme Jean Rosa, à Créteil,
trouve une
anomalie nouvelle de l'hémoglobine. Quand à Lyon, Michel
Jouvet met en
évidence que certains médicaments agissent d'une
façon différente
suivant le moment plus ou moins proche du sommeil où ils sont
administrés…
M.F. – S'il y a des
domaines privilégiés, il y en a donc de sacrifiés ?
C.B. –
Jusqu'ici, oui. N'oubliez pas, nous n'avons que dix ans. On s'est
d'abord attaqué aux secteurs entraînant la plus forte
mortalité.
Maintenant, il faudrait aller plus loin. Les dents par exemple : aucun
programme là-dessus. Important, pourtant, les dents ! On va
souvent
chez le dentiste, cela coûte cher… Rien, non plus, ou presque sur
l'œil, l'oreille, les maladies de la peau. Insuffisantes
également les
recherches sur les troubles mentaux, les troubles du comportement. Or,
en ce domaine, comme pour la périnatalité, la situation
est alarmante.
Il est grand temps de se consacrer davantage à la psychiatrie.
Quand, dans cette maison,
on décide d'attaquer un secteur, c'est un bulldozer qui se met
en
marche. Encore faut-il que l'on nous en donne les moyens.
M. F. – «On» c'est l'Etat ?
C.B. –
Oui. Et, ces dernières années, l'augmentation annuelle
des crédits à la
recherche biomédicale couvre tout juste la dévaluation de
la monnaie.
Donc, stagnation en francs constants… Le temps est passé
où l'Inserm
pouvait créer 130 postes nouveaux de chercheurs par an. Cette
année :
une quarantaine seulement.
M. F. – J'ai entendu des plaintes de la
part de certains chercheurs…
C.B.
– Bien sûr. Mais, croyez-moi, pour ce Xème anniversaire,
mieux vaut
mettre l'accent sur les progrès considérables
réalisés que sur
certaines survivances de la sclérose du passé. Chacun est
traité en
responsable, indépendant, adulte.
M. F. – Est-ce que beaucoup de
chercheurs bougent ainsi ?
C.B. – De plus en plus. Le plus
important, néanmoins, n'est pas d'user d'une liberté,
mais de savoir que l'on en dispose.
M. F. – Je crois que les chercheurs
voyagent plus qu'avant à l'étranger ?
C.B. – Indispensables,
obligatoires, ces voyages. Aujourd'hui, un chercheur qui ne voit pas ce
qui se passe ailleurs est perdu. Sur la somme annuelle qui est
attribuée à un chercheur pour un programme, 3 000 francs
sont
expressément réservés à un ou deux voyages
à l'étranger. Connaître les
programmes des autres dès leur lancement, ne pas attendre des
mois ou
des années la publication des résultats obtenus par les
autres équipes,
c'est – avec notre système de sélection d'hommes et de
femmes de très
haute qualité – un des secrets de la remontée de la
recherche
biomédicale française.
Madeleine Franck