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Entretien avec Bertrand Jordan

(N. Givernaud, S. Mouchet, J.-F. Picard, le 18 avril 2002 à La Cadière. Texte relu et amendé par le témoin)

 
Bertrand Jordan
En Chine, droits réservés
 

L'origine américaine du programme génome
Au tout début, je ne suivais pas les choses de très près. C'est au milieu des années 1980 aux Etats-Unis que l'on a commencé à parler de programmes génomes. Assez rapidement, on a évoqué la question en France et François Rougeon a dû être sollicité par le ministère de la Recherche en 1986-87, je me souviens qu'à l'époque il m'avait demande s'il fallait séquencer le génome humain. A l'époque, en Amérique, des crédits alloués au projet d'un grand télescope non construit avaient été réorientés vers la biologie, c'est-à-dire le séquençage du génome. Des machines à séquencer était en cours de développement et on pouvait imaginer que des progrès technologiques allaient suivre rapidement. La plupart des opérateurs estimaient qu'on allait mettre au point de nouvelles méthodes dix ou cent fois plus rapides et qui coûteraient cent fois moins cher. Tout au long des dix premières années du programme (les plus importantes), il y a eu une intrication forte entre le programme génome humain et la génétique médicale. Les promoteurs du programme évoquaient le séquençage du génome humain parce que c'était la manière la plus évidente de susciter un effort budgétaire conséquent du Congrès des Etats-Unis. Le 'Human Genome Project' (HGP) a donc été lancé, d'abord par le Department of Energy (DoE) puis repris par les National Institutes of Health (NIH) en 1989-90. Or, assez rapidement, les Américains n'ont plus parlé de séquençage systématique, mais de cartographie (génétique et physique) et plus tard du séquençage partiel de l'ADN complémentaire (cDNA). Finalement, le séquençage du génome humain n'est revenu sur le devant de la scène que dans la deuxième moitié des années 1990.

Séquençage et cartographie
Au début des années 1990, on n'avait guère séquencé que le 'PhiX 174' (qui comporte quelques milliers de bases), puis le phage Lambda (50 000 bases), en fait des bactériophages qui ne sont même pas des bactéries capables de vivre de manière indépendante. Et pourtant, cela nous avait enthousiasmés. La suite logique, c'était E. coli, bactérie utilisée dans tous les laboratoires de biologie moléculaire et dont on a commencé le séquençage au milieu des années 1980. En fait, les laboratoires japonais et américains qui se sont lancés dans le séquençage d'E.coli se sont plantés car les techniques n'étaient pas mûres et surtout on n'avait pas intégré à l'époque la nécessité d'organiser le séquençage de manière industrielle. Les Japonais avaient tenté la mise au point de robots automatisant les différentes opérations, mais cette tentative avait échoué car les laboratoires travaillaient encore de façon artisanale, moyennant quoi ils ont arrêté au bout d'un an ou deux en ayant consommé leurs crédits et après avoir fait cinq ou dix fois moins de séquences que prévu. Cet échec a permis de prendre conscience que ce dont on avait besoin pour le génome humain, c'était d'abord d'avoir de bonnes cartes immédiatement utiles à la génétique médicale qui permettraient, ensuite, de faire le séquençage du génome humain de façon ordonnée. C'est grâce à la constitution de ces cartes que l'on a pu aller plus vite dans la mise en évidence des gènes impliqués dans les différentes maladies. C'est ainsi qu'en 1990, les Anglais ont lancé leur programme Human Genome Mapping (HGMP) et que les Français ont ouvert le Généthon. Les Allemands sont longtemps restés en retard puisqu'ils n'ont commencé à lancer leur programme qu'en 1995-96.

Le scepticisme du milieu scientifique
Au lancement du projet génome, il y avait une forte opposition dans le milieu des biologistes. J'ai gardé des coupures de presse de l'époque. Il y a eu une campagne montée contre le programme génome humain où on disait que c'était de la 'mauvaise science', qu'on allait mobiliser des armées de techniciens pour faire un travail totalement inintéressant et qu'il valait beaucoup mieux mettre cet argent dans de la "vraie biologie". Les premières méthodes permettant de séquencer l'ADN, c'est à dire de lire quelques dizaines ou quelques centaines de bases dataient de la fin des années 1970. Elles avaient été mises au point par Maxam et Gilbert aux Etats-Unis (cette méthode n'est pratiquement plus utilisée), et par Sanger et Coulson en Angleterre. Avec ces techniques, on pouvait faire une dizaine ou une vingtaine d'expériences en parallèle et donc lire dix ou vingt fois 200 ou 300 lettres. Au milieu des années 1980, ces méthodes étaient utilisées de façon manuelle dans les laboratoires et on commençait à les automatiser. Mais de là imaginer le séquençage du génome humain, l'entreprise paraissait osée. La plupart des chercheurs n'avaient pas perçu que la recherche biologique devait connaître une mutation en profondeur, un véritable changement d'échelle, principalement dû au développement des technologies. Aux Etats-Unis, par exemple, les chercheurs réunis en 1985 à l'université de Santa Cruz pour parler de génome humain apparaissaient comme des marginaux : des physiciens, des administratifs de haut vol comme Robert Sinsheimer ou des types comme Leroy Hood qui avaient fait à la fois à la fois du développement technologique et de la très bonne recherche (ce type de personnage est beaucoup plus fréquent aux Etats-Unis qu'en France où la technologie est assez dévalorisée). Moi-même, je partageais le scepticisme des biologistes. Je suis physicien de formation, j'ai une thèse de physique des particules, mais j'avais choisi de faire de la biologie parce que cette discipline m'apparaissait comme un domaine où l'on pouvait faire de la recherche sans mobiliser des moyens énormes, c'est-à-dire une expérience toutes les semaines et non pas une fois par an comme en physique des particules. J'ai commencé à raisonner autrement beaucoup plus tard, c'est à dire lorsque après une année sabbatique en 1991 consacrée à faire le point des programmes Génome à travers le monde j'ai introduit des approches génomiques au Centre d'immunologie Inserm-CNRS de Marseille-Luminy. J'ai commencé la recherche à grande échelle quand on s'est lancé sur l'analyse "en grand" des cDNAs avec des équipements qui coûtaient 2 MF. Mais je me souviens des réactions horrifiées de mes collègues... L'idée que l'on puisse dépenser autant pour équiper un labo de biologie avec un robot leur paraissait incongrue.


Colloque Inserm 'génétique moléculaire et pathologie' (1985) de g. à dr. B. Malissen, B. Jordan, J. Tavlitzky, M. Cohen-Solal, P. Lazar et. J.- P. Changeux (Inserm-Actualité n° 34)


Le Généthon

Les projets de recherche soutenus par l'AFM portaient sur les maladies neuromusculaires, les thérapies géniques. Mais on avait identifié un point de blocage dans le travail sur les maladies génétiques et l'AFM trouvait que le travail sur le génome n'avançait pas assez vite. Donc l'association a investi dans du génome 'pur et dur' grâce au Généthon qui a représenté pendant trois ans la moitié de ses subsides à la recherche. Certes, le Généthon n'a pas été le succès sans mélange que l'on se plaît à évoquer, mais globalement ce fut une réussite qui a fait avancer la position de la France dans la recherche, comme celle de la recherche en génomique sur le plan mondial. Le principal artisan du Généthon est Daniel Cohen qui avait acquis la conviction qu'il fallait faire les choses en grand pour s'attaquer sérieusement au génome, qu'il fallait beaucoup d'argent, beaucoup de machines, toutes choses que l'on n'avait pas l'habitude de faire à l'époque en biologie, même aux Etats-Unis. Donc, Daniel Cohen a su convaincre Bernard Barataud de financer l'opération (les machines ayant été fabriquées par Bertin). Même si la carte physique qu'il a réalisée au Généthon était approximative et comportait beaucoup d'erreurs, son mérite est d'avoir montré qu'il était envisageable de s'attaquer à l'ensemble du génome humain, d'un seul coup, et cela grâce à des méthodes à grande échelle en mettant au point cette banque de YACs (Yeast artificial chromosomes ). En fait le problème avec les YACs est que plus ils sont grands, plus ils sont chimériques et on peut y retrouver des morceaux provenant de 2 ou 3 chromosomes différents (par la suite, la carte physique a été reprise par Eric Lander au Whitehead Institute). L'autre mérite de Daniel Cohen est d'avoir attiré Jean Weissenbach au Généthon. Ce dernier a mené sa carte génétique de façon extrêmement rigoureuse, il a réussi à produire une carte génétique de deuxième génération d'excellente qualité, toujours utilisée dans le monde entier pour accélérer la découverte des gènes impliqués dans les maladies génétiques.

ADN complémentaire
Le troisième programme du Généthon confié à Charles Auffray était le séquençage partiel du génome grâce à l'approche ADNc et à la méthode des EST (Expressed Sequence Tags) mise au point par Craig Venter au début des années 1990. Celle-ci reste aujourd'hui une façon efficace pour avoir rapidement de l'information sur de nombreux gènes. Mais le programme d'Auffray à Généthon a été un semi-échec à cause de problèmes de contamination des banques employées par des ADN provenant de bactéries. L'avantage avec l'approche des EST c'est que ce que l'on séquence est, par définition, du gène exprimé. Dans le génome humain, la partie utile, les gènes proprement dits, les séquences codantes représentent 1 ou 2 % du total. Donc, on séquence énormément d'ADN, qui n'a probablement pas de rôle bien précis. Avec les EST, on séquence des copies de l'ARN messager, autrement dit du gène pur. Le prix que l'on paie pour cela est une très grande redondance puisqu'on séquence beaucoup de fois le même gène. On va par exemple séquencer 1000 fois le gène de l'actine parce que l'actine est fortement exprimée. Donc, déjà à l'époque, on avait dans les bases de données publiques un ou deux millions de séquences partielles d'ADN complémentaire dont on pensait qu'elles représentaient 50 000 gènes différents. En fait, il s'agissait d'une d'entreprise très rentable au début, parce que chaque fois que l'on séquence quelque chose, on a une chance sur deux de tomber sur du nouveau ; mais lorsqu'on a déjà accumulé 2 millions de séquences, on en séquence beaucoup que l'on connaît déjà pour en trouver une nouvelle de temps en temps... Le rendement est décroissant. C'est ce qui a amené à dire qu'il faudrait bien quand même un jour ou l'autre se décider à séquencer intégralement le génome humain pour avoir enfin un inventaire complet des gènes.

Le Groupement de recherche pour l'étude des génomes (GREG)
En 1990, il y a eu le rapport Kourilsky suscité par l'Inserm qui avançait de bonnes idées sur l'organisation d'un programme Génome français, que ce soit sur les thématiques de recherche ou sur ses modes d'organisation. Sur ce, le ministre de la Recherche, Hubert Curien, a demandé à Jacques Hanoune de mener un certain nombre de consultations pour définir un tel programme. Hanoune a alors essayé de constituer un GIP et de le doter d'un conseil scientifique (qu'il voulait me confier), mais a fini par renoncer à sa mission devant les blocages rencontrés à différents niveaux. Puis ce fut (enfin...) la création du GREG en 1993, avec Piotr Slonimski qui avait fortement participé au programme européen de séquençage de la levure et qui a essayé de structurer les programmes génomes en France. Le GREG a essayé de financer des études à grande échelle. Mais dans les faits, il a un peu trop saupoudré les crédits (j'en suis moi aussi responsable, puisque je faisais partie de son conseil scientifique). Et puis, il y a eu le problème de la génétique médicale : cela ne rentrait pas vraiment dans les attributions du GREG (dirigé vers les travaux à grande échelle),mais en 1995, quand l'AFM a décidé de retirer ses billes du Généthon pour se réorienter vers des recherches à visées directement thérapeutiques, les équipes de génétique médicale se sont tournées (sans grand succès) vers le GREG, ce qui a suscité beaucoup de frustrations. Simultanément, il y a eu le changement de majorité et le nouveau ministre de la Recherche, François Fillon, a décidé d'arrêter le GREG pour le remplacer par des 'Actions concertées coordonnées' (ACC) qui n'avaient d'ailleurs plus de coloration spécifiquement 'génomique'...

Séquençage de la levure, du nématode...
Le séquençage de la levure a été une étape très importante parce qu'il s'agit du premier programme de séquençage à grande échelle à avoir abouti. Il y a eu d'abord celui du chromosome 3 qui représente quand même 350 000 bases (1992). Puis cela a été le génome entier qui fait 12 ou 13 millions de bases (1996). Ce programme a été réalisé en majeure partie en Europe, en bonne partie sous l'impulsion de Piotr Slonimski et d'André Goffeau, mais au milieu des sarcasmes des Américains parce que le programme avait été organisé grâce en s'appuyant sur une multitude de petits labos fédérés dans un programme commun... Or, ça a marché, le génome de la levure a été fait par une cinquantaine de laboratoires qui faisaient des bouts relativement petits de séquence, leur activité étant coordonné de manière suffisamment intelligente pour que ça aboutisse au premier séquençage intégral d'un eucaryote. Mais ce séquençage est revenu extrêmement cher. A l'époque, le prix de revient était à peu près de 1$ américain par base. Dans le cas de la levure, si on additionne les financements européens qu'ont reçu les laboratoires et leurs financements propres, on atteint plutôt les 10 $ par base. Aujourd'hui, quand on a à séquencer une bactérie, on le fait dans un laboratoire spécialisé avec 3 ou 4 machines et 4 ou 5 techniciens et ça coûte dix ou vingt fois moins cher. Il reste que le programme européen de la levure a permis de faire évoluer la communauté scientifique. Enfin, si on continue la litanie des séquençages, il y eu le nématode démarré à l'époque par John Sulston et Robert Waterston. Un programme organisé d'une façon extrêmement rationnelle et économique, réalisé dans un laboratoire de taille moyenne mais extrêmement efficace, qui a réussi à monter progressivement en régime. Ils avaient dit qu'ils feraient 100 kilobases la première année, 300 la deuxième, 900 la troisième, ils ont respecté leurs engagements et ont finalement réussi à séquençer les 100 Mb du nématode, ce qui représente tout de même la taille d'un chromosome humain moyen.

La difficulté de séquençer le génome humain
L'impact du séquençage de la levure a été important pour redonner confiance à la communauté scientifique. Bien sur, le génome humain est à une autre échelle que la levure, 3 milliards de bases contre 12 ou 13 millions, mais l'effet psychologique a été très important. On supputait par des moyens génétiques que la levure contenait quelque chose comme 3000 gènes. Or, grâce à son séquençage, on en a trouvé 3000 autres dont on ne soupçonnait pas l'existence. Cela a donc amené à se dire que chez l'homme aussi, on allait trouver pleins de choses intéressantes que l'on ne détecterait jamais autrement... La différence étant que chez la levure les gènes sont en général en un seul morceau (le génome de la levure est pratiquement du gène pur) donc que l'interprétation est assez facile. Un gène commence par un 'AUG', ou 'ATG' ensuite vous avez le message proprement dit et un signal de fin par exemple 'TGA' . Donc si on trouve un 'ATG' et un 'TGA' et puis entre les deux un certain nombre de codons et pas de codon stop, on dit : c'est un gène. Le problème chez l'homme, c'est que pour un gène vous pouvez avoir 50 petits morceaux qui sont dispersés sur 100 000 bases d'ADN. Le message proprement dit peut faire 1000 ou 2000 lettres et il est fractionné en plein de petits morceaux répartis sur une distance 10 ou 100 fois plus grande que dans le génome de la levure (structure mosaïque). Donc il y a quelque part un 'ATG' et quelque part un 'TGA', mais il faut arriver à reconnaître tous les exons, qui sont parfois très courts puisqu'ils peuvent faire seulement 8 ou 10 bases de longueur. Le critère du cadre de lecture ouvert (ORF, Open Reading Frame), soit une suite de codons significatifs, n'est pas facilement applicable. Les signaux qui signalent la fin d'un exon, le début d'un suivant, sont très flous, c'est quelque chose comme un 'CG', mais cela peut être aussi un 'AG' ou encore autre chose... Comme c'est compliqué, il se produit une erreur de temps en temps qui peut tout ficher en l'air. Dans le décompte des gènes vous trouvez quelques exons par-ci par-là... Est-ce que cela fait partie du même gène ? Est-ce qu'il s'agit de plusieurs gènes ? Est-ce que c'est une partie d'un gène avec d'autres exons qui sont encore 50 000 bases plus loin ? Moyennant quoi, alors qu'aujourd'hui on dispose d'une une séquence complète du génome humain d'à peu près bonne qualité, on se dispute au sujet du nombre de ses gènes. Sont-ils 30 000 ou 100 000 ? On parlait de 100 000, puis il y a deux ans Jean Weissenbach et une équipe américaine ont avancé indépendamment le chiffre de 30 000. Récemment deux papiers viennent de sortir qui évoquent plutôt 50 ou 60 000 gènes humains. On reste dans le flou... En définitive, on parle toujours du programme Génome, mais il s'agit en fait de programmes nationaux plus ou moins coordonnés entre eux. Les gens doivent se battre pour que ces programmes restent financés. C'est difficile parce qu'il est beaucoup moins excitant de faire les derniers 1 ou 2 %, que d'avoir fait les 90 premiers % et, en, plus, cela coûte assez cher... Je dirais que, d'une certaine manière, le programme génome humain touche à sa fin. Mais on doit reconnaître qu'il a atteint ses objectifs beaucoup plus rapidement que prévu aussi bien en matière de cartes que de séquençage.

La Génopole d'Evry
L'idée de Génopole vient de l'AFM . Après la fin du GREG, Bernard Barataud et les gens de l'AFM se sont battus pour que le Centre National de Séquençage (CNS, initialement appelé de 'très grand séquençage', TGS) s'installe à côté du Généthon à Evry, et non rue des Saints-Pères à Paris ou à Gif sur Yvette comme il en avait été question. A partir de là, la mayonnaise a commencé à prendre. J'ai quelque part une courbe d'évolution du personnel d'Evry depuis 1992 qui monte tout doucement et qui décolle vraiment en 1998. C'est à cette date que la Génopole est officiellement créée avec à sa tête Pierre Tambourin. Presque simultanément, on prend la décision d'y implanter le Centre National de Génotypage (CNG, Mark Lathrop). L'Université d'Evry qui était une petite université et où il n'y avait pas de biologie est réorientée, au moins en partie, vers les sciences de la vie. Les collectivités territoriales, le département et d'autres ont participé financièrement à l'opération... Des unités de recherche ont commencé à s'installer. Désormais, il y a à Evry la panoplie complète pour permettre à une start-up d'éclore. Il y a maintenant un certain nombre de laboratoires de recherche, une pépinière d'entreprises et on peut y accueillir des jeunes équipes en leur fournissant un certain nombre de service, genre animalerie etc. qu'elles n'ont pas besoin de monter (la pépinière, si mes souvenirs sont bons, est essentiellement financée par la Chambre de commerce de l'Essonne). Il y a toute l'intendance, les hôtels d'entreprises, les bâtiments qui permettent aux entreprises quand elles commencent à grossir un peu de trouver des locaux sur place à un tarif raisonnable, ce qui leur permet de continuer à se développer sans rompre le cordon ombilical avec les laboratoires.

Des génopoles régionales
Des génopoles se sont installées en région : Lille (autour de l'Institut Pasteur), Strasbourg (P. Chambon et sa 'clinique de la souris'), Lyon et Grenoble, qui avaient fait des demandes séparées et qui ont été regroupé en une seule, Marseille, Montpellier-Perpignan, et Toulouse, enfin une Génopole semi-labellisée, considérée comme un test, Rennes-Nantes. Au retour de ma mission d'études en 1992, j'avais retrouvé mon espace de travail au centre de Luminy et j'y avais amené des idées que j'avais glanées. L'idée était de travailler sur les cDNAs et de trouver une façon de mesurer le niveau d'expression d'un grand nombre de gènes. A l'époque, je ne pensais pas vraiment profil d'expression comme on le pense maintenant, mais plutôt ce que j'appelais 'criblage différentiel quantitatif' et donc, j'ai remonté une équipe progressivement avec 2 puis 3 puis 4 personnes et j'ai obtenu des crédits pour acheter un robot (cf. supra). Ce qui veut dire trois ou quatre ans d'investissement technologique pour commencer à publier en 1995. Cette implication dans ce que l'on n'appelait pas encore Génomique a fait que, quelques années plus tard, la tâche de mettre en place du Génopole de Marseille m'est revenue. En fait, les génopoles en région, ce sont des "Instituts de génomique sans murs", des laboratoires que l'on pousse à se regrouper, à construire des plateaux techniques en commun avec, comme carotte, un financement du ministère de la Recherche et des collectivités territoriales. A Marseille notre Génopole consiste en une structure commune, mais distincte des laboratoires, avec son propre personnel, son propre financement, et qui est censée aider les laboratoires à utiliser les techniques génomiques, par exemple les puces à ADN, en installant un ensemble de machines, un plateau technique qui peut fabriquer des puces, accueillir les équipes et ainsi de suite. La technique des puces à ADN est une affaire d'une dizaine de MF et de quelques personnes, ce qui n'est donc pas à la portée d'une équipe de recherche isolée, d'où l'intérêt d'une génopole en région.

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© Illustration : Ernest Barrias - La Nature se dévoilant à la Science - Conception graphique : Les Petits Suisses