Entretien avec Bernard Swynghedauw 

(S. Mouchet, J-F Picard, 2 fév. 2017. Texte revu et amendé par l'intéressé)

 Swynghedauw
DR

Les débuts d'un médecin attiré par la recherche

Je suis né avant la guerre, à Lille dans une famille de médecins. Mon grand-père maternel était médecin de campagne et j'avais un grand oncle chirurgien connu, Pierre Swynghedauw, qui a donné son nom à un hôpital de Lille. J'ai passé ma jeunesse dans le Nord (successivement à Lille, Bergues, Béthune puis Amiens). En 1940 nous avons évacué, comme beaucoup de nordistes et nous nous sommes retrouvés en montagne à Passy où mon père qui était phtisiologue avait trouvé un emploi dans un sanatorium. J'ai fait mes études de médecine d’abord à l’Ecole de médecine d’Amiens, ensuite à la fac de médecine à Paris, j’ai été successivement externe (1956-1959) puis interne des hôpitaux de Paris (1960-1966). J'ai choisi la cardiologie, un peu par hasard et j'ai terminé mon internat chez Jean Lenègre à l'hôpital Boucicaut. En 1959, j'ai commencé à travailler au laboratoire de Jean-Louis Beaumont avec une interruption due au service militaire effectué à l'hôpital Villemain. J'ai été l'un des premiers à faire des dosages de triglycérides, ce qui m'a permis de soutenir ma thèse de médecine sur les hyperglycéridémies en médecine interne (1966).

Physiologie et biologie moléculaire

A la fin de mon internat en 1966, je suis devenu chercheur à l’Inserm. C’était relativement facile à l’époque, surtout pour un ancien interne. J’avais été séduit par un exposé de Pierre-Yves Hatt, un vrai marginal dans un milieu cardiologique hyper fermé à l'époque, les pointures d‘alors en cardiologie étaient Lenègre bien sûr, Paul Milliez, Yves Bouvrain ou Pierre Soulié.  Hatt m’a donc pris dans son unité de recherche 'Pathologie cardiovasculaire' et j’ai quitté Boucicaut pour l’hôpital Léon-Bernard à Limeil-Brévannes. Là, j'ai trouvé de bonnes conditions de travail. En tant qu'assistant, tous les matins j'assurais une fonction hospitalière dans un service de chronique où j'étais en charge d’une salle de malades âgés, ce qui me permettait de conserver une activité clinique à laquelle je tenais beaucoup. L'après-midi, j'étais à la paillasse. Hatt, un morphologiste qui était l’un des pionniers de la microscopie électronique du myocarde, m’y laissait une grande liberté. Progressivement, au fur et à mesure que le labo m’occupait davantage, mon activité clinique s’est amenuisée. On avait des techniciens, des moyens et je me suis lancé à fond dans la recherche. C'est là que j'ai appris les métiers de la recherche et j’ai été animalier, technicien, secrétaire, physiologiste, biochimiste, biologiste moléculaire (l’un des premiers pour le myocarde, sinon le premier, tout au moins en France), dépanneur de frigo, plusieurs fois organisateur de congrès ou de colloques, maçon, électricien (les services généraux étaient presqu’inexistants), administrateur, enseignant en biochimie à la fac. de Créteil où j'ai pondu un cours de thermodynamique, chargé de la formation permanente des cardiologues, conférencier devant les labos pharmaceutiques, organisateur de missions, etc.

Recherches sur le myocarde

A l'époque, la recherche de base sur le myocarde était pratiquement inexistante en France. J'ai publié les premiers papiers sur les messagers ARN du cœur ('Etude de certains enzymes du tissu myocardique dans l'insuffisance cardiaque due à une anoxie aigüe chez le lapin'. Arch Mal Cœur, 1967) et je me souviens que mon premier papier a été accepté sans aucune discussion, il n'y avait personne pour le relire. En fait, au début je faisais de la physiologie et c'est ainsi que je revendique d'avoir introduit la biologie moléculaire dans la physiologie, ce que l'on appelle aujourd'hui de la physiologie moléculaire (ce qui est absurde !). Mais petit à petit le niveau des publications s'est amélioré. Je me souviens très bien de mes premiers papiers en anglais en 1972-73 dans les tout nouveaux Cardiovascular Research et Journal of Molecular and Cellular Biology et aussi de mon premier congrès à l’étranger à Bratislava. A l'époque personne ne publiait en anglais, les revues de base en recherche étaient 'Pathologie et Biologie' et la 'Revue française d’études cliniques et biologiques'. Quand je suis arrivé chez Pierre Yves Hatt, mon apport majeur a probablement été de promouvoir, avec lui, les publications en anglais dans des journaux à 'impact factor' élevé. Mais on me le reprochait : "publier dans une langue étrangère... forcément avec un tel nom!". La résistance du milieu cardiologique contre l'anglophonie a été longue, le bulletin officiel de la Société Française de Cardiologie (Archives des  maladies du cœur et des vaisseaux) longtemps présidée par Jean Lenègre n'est devenu anglophone que tout récemment sous la pression des nouvelles générations avec 'Archives of Cardiovascular Diseases'. Même Lenègre ne publiait qu'en français, ce qui ne l'a d'ailleurs pas empêché de décrire les troubles de la conduction auriculo-ventriculaire, une maladie très fréquente en gérontologie, la « maladie de Jean Lenègre ». La même résistance existe encore à l’Académie nationale de médecine dont le Bulletin est toujours en français !

Les triglycérides et les facteurs de risque de l’athérosclérose

Initialement, mes recherches concernaient l’athérogenèse, c’est-à-dire la formation de plaques à l’intérieur de la paroi des artères et, plus spécifiquement le rôle des triglycérides circulants dans la genèse de cette affection. La cholestérolémie était un facteur de risque bien documenté. Nous avons été parmi les premiers en France avec JR Claude et JL Beaumont à mesurer les triglycérides circulants de façon systématique et à identifier les hyperglycéridémies comme étant un facteur de risque lié au diabète et ainsi à faire entrer cette mesure dans la pratique quotidienne du médecin, ce qu’elle est toujours.

Les événements de 1968

Le labo avait aussi un versant néphrologique dont s’occupait mon ami Jean-Pierre Bonvalet qui a comme moi amené la physiologie à s'intéresser aux molécules. Lui et moi étions du même bord, politiquement parlant, et nous avons été tous deux d'actifs 'soixante huitard'. Pourtant, les événements me sont tombés dessus de manière un peu imprévue. Pendant mes études de médecine j'avais bien fait du syndicalisme, mais en 1968 j'avais 33 ans, et c’était le passé. Mais un jour, un de mes anciens copains de la 'Jeunesse Étudiante Chrétienne' (JEC), Claude Poyart, m’a téléphoné pour me dire : “ dis donc Bernard, on y va? On pourrait être utile avec notre expérience de syndicalistes ”. Donc j’y suis allé à fond et Dieu sait que je me suis bien amusé. Le Quartier Latin était une extraordinaire chaudière. On se faisait aborder dans les couloirs de la Sorbonne par d’incroyables personnages qui lisaient des poèmes, déclamait des déclarations des droits de l’homme révisées, etc… J’en garde un grand souvenir de liberté, de créativité. Sans trop d'illusions et avec d’autres, nous avons fondé les 'Travailleurs scientifiques de la recherche biomédicale' (TSRBM) dont j’ai été le secrétaire et qui a rapidement été récupéré par la CFDT. J'ai milité au Syndicat général de l'Education nationale (SGEN-CFDT) recherche et pendant que je vendais 'Témoignage chrétien', tandis que Jean-Pierre qui était militant communiste vendait 'Clarté'. C'est ainsi qu'au printemps 68, j'ai passé deux mois entre commissions et assemblées générales. On a fondé une inter syndicale où figuraient Philippe Lazar du 'Syndicat national des chercheurs scientifiques' (SNCS) et François Kourilsky du SGEN. Nous sommes allées en délégation chez le ministre de la recherche de l’époque, Maurice Schumann pour négocier, avec sucés d'ailleurs, la présence d’élus dans les commissions scientifiques de l'Inserm. A l'époque, il n'y avait en effet dans les commissions que des patrons-chefs de service nommés. Ce nouveau statut a profondément modifié le fonctionnement de l'Inserm. L'autre grand thème de la CFDT était le statut commun techniciens chercheurs que j'avais rédigé (j'en ai gardé une copie dans mes archives). Mais les années suivantes, ce projet de statut a provoqué une vraie bagarre entre le SGEN et le SNCS qui n'en voulait pas. J'ai gardé une photo de Lazar, Kourilsky et moi-même prise à l'époque de l'intersyndicale. Plus tard, Lazar est devenu un directeur de l'Inserm, un grand directeur je peux en témoigner, et François Kourilsky celui du CNRS. Quant à moi, les événements de mai 68 m’ont coûté ma nomination comme médecin des hôpitaux. Le doyen de Créteil, Beaumont en l’occurrence, avait en effet juré : “ Swynghedauw, jamais !”. C’est en grande partie la raison pour laquelle je suis resté à l’Inserm, et je ne le regrette pas, et c'est probablement aussi celle pour laquelle je n'ai pas été élu à l’Académie de Médecine où des vieux patrons m'ont étiqueté 'pseudo communiste' et où j'ai simplement accepté de devenir correspondant, sur le tard, et je le suis resté.

De la fac des Saints-Pères à l'hôpital Lariboisière

En 1972, après d’âpres négociations j’ai trouvé un labo libre à la Faculté de médecine des Saints-Pères et j'ai fondé ensuite l'unité Inserm U 127. J'ai dû arrêter mon activité clinique, ce que je n’ai toujours pas digéré. En fait, je suis toujours resté viscéralement médecin mais quand nous sommes passés à Lariboisière en 1975, il était trop tard pour refaire de la clinique. Certes, je continue aujourd'hui à aller tous les jeudis au staff de cardiologie, pour écouter parler de malades, mais c'est à partir de ce moment là que je me suis entièrement consacré à la recherche basique.

En 1974 j'ai soutenu une thèse ès sciences sur 'les protéines contractiles du myocarde dans l'hypertrophie cardiaque expérimentale et humaine' sous la direction d’Edouard Coraboeuf, l’un des fondateurs de l’électrophysiologie cardiaque, devenu par la suite un grand ami et mentor. J'ai donc pris la direction de l'U. 127 qui comptait une quarantaine de personnes et avec mes consœurs Ketty Schwartz et Lydie Rappaport, nous avons mis en place une direction tournante, ce qui nous a d'ailleurs valu de passer pour de dangereux gauchistes. A l'époque, le directeur de l'Inserm, Constant Burg, avait créé un système d'évaluation des papiers scientifiques (le tableau de bord fondé sur des journaux à fort Impact Factor) qui nous a permis de devenir rapidement un labo phare en cardiologie. Ce dispositif d'évaluation scientifique était d'autant plus important que le niveau des publications en cardiologie en France était assez bas. Quand on passait un papier dans les 'Archives du cœur', on était contents! Avec Ketty Schwartz, nous avions compris qu'il fallait publier en anglais dans les grandes revues à comités de lecture. Il y avait d'autres labos en cardiologie à Marseille, à Bordeaux, mais sans exagérer je crois que le notre était sur le dessus de la pile. Puis dans les années 1980 à l'époque de Lazar, nous avons bénéficié du dynamisme de la commission scientifique de l'Inserm 'Systèmes cardiovasculaire, respiratoire, rénal et urinaire, hémostase : physiologie, physiopathologie, pharmacologie, recherche clinique'.

La cardiologie moléculaire

Nous avons été parmi les premiers, sinon les premiers à appliquer à la cardiologie les techniques de biologie moléculaire (Southern Blot, PCR, etc.). En 1970, avec une bourse Inserm j'ai pu effectuer un stage de 6 mois en Angleterre chez Samuel V. Perry (University of Birmingham), l’un des pères de la biochimie des protéines contractiles du muscle. J’y ai à la fois perfectionné mon anglais, établi de solides amitiés avec des scientifiques et appris de nouvelles techniques qui m’ont permis par la suite d’avoir un papier – décisif pour ma carrière - dans Nature.

Avec mon équipe, nous avons pu ainsi étudier l’insuffisance cardiaque secondaire au remodelage cardiaque et notre apport majeur a été la mise en évidence de la plasticité moléculaire du myocarde sous l’effet d’une surcharge mécanique. Grâce à des modèles animaux, nous avons mis en évidence de changements qualitatifs dans l’expression génétique du myocarde, ce qui a permis d’expliquer en termes moléculaires, le processus par lequel ce muscle adapte son économie (au sens thermodynamique de ce terme) aux nouvelles conditions de charge imposées. La première molécule ciblée a été la myosine myocardique qui existe sous forme de plusieurs isoformes d’activité ATPasique différente. Il y a dans l’hypertrophie cardiaque changement d’expression des isoformes et, dans le ventricule, expression d’une forme à activité ATPasique lente (Lompre A M, Schwartz K, D'Albis A, Lacombe G, Thiem N V, Swynghedauw B. 'Myosin isoenzyme redistribution in chronic heart overloading'. Nature 282:105-7, 1979). Par ailleurs il y a diminution de l’expression de l’ATPase du reticulum sarcoplasmique (publication avec AM Lompré) et changements de la Na-KATPase membranaire (publication avec L. Lelièvre) . D’autres faits nouveaux ont été découverts : l’allumage des oncogènes au début d’une surcharge, le premier modèle transgénique cardiovasculaire et le système aldostérone myocardique. Puis, à partir du milieu des années 1990, nous avons travaillé sur certaines analyses du système cardiovasculaire, grâce à la mise au point d’un modèle transgénique de souris et la création de logiciels d’analyse. Des programmes qui ont été ensuite largement appliqués à la physiologie humaine. Les applications cliniques ont posé des problèmes. Le changement des isomyosines n’existe pas dans les ventricules des gros mammifères, et chez l’homme entre autre, mais seulement dans les oreillettes, en revanche le ralentissement de la vitesse initiale de contraction s’explique par des modifications des protéines membranaires et en particulier par les changements du réticulum sarcoplasmique.

Le remodelage cardiaque est en partie réversible en diminuant la précharge grâce en particulier aux inhibiteurs de l’enzyme de conversion, combinés aux β-bloquants et à la spironolactone, la pharmacologie cardiaque est devenue une priorité des grands laboratoires pharmaceutiques. Ainsi, grâce à Inserm-Transfert nous avons collaboré avec l’industrie. 30% environ de nos programmes de recherche ont eu trait à des contrats avec l’industrie pharmaceutique, Roussel UCLAF, Nativelle, Bayer et Boehringer (inotropes), SERPA, UPSA, Searle puis Pharmacia avec lequel nous avons une très longue et fructueuse collaboration sur l’aldostérone. D'autre part, nous avons su préserver d'étroites relations avec la clinique, notamment avec les services de médecine et de chirurgie cardiaque de Philippe Coumel, Pierre Maison-Blanche et plus récemment Philippe Ménasché à Lariboisière. Enfin nous avons pu constituer un véritable réseau international dédié à la recherche sur la cardiologie moléculaire.


Regard rétrospectif

 

Ma vie professionnelle s’est achevée en beauté par un article dans 'Circulation' sur un sujet nouveau que j’avais lancé totalement différent de la cardiologie moléculaire, les analyses temps/fréquence instantanées. Je voulais me prouver à moi-même que je pouvais me renouveler par un Physiological Review (the best of the best) résumant un peu tout ce que j’avais fait sur le remodelage cardiaque et par un bouquin essayant de réconcilier la clinique et la recherche sur l’insuffisance cardiaque. Mais je m'interroge sur le fait d'avoir choisi la cardiologie moléculaire comme sujet de recherche. Au fond, je me dis que l'une des raisons est que ce concept sonnait bien, les mots faisaient "joli"! Mais la biologie moléculaire était-elle le meilleur outil pour la cardiologie? Aujourd'hui, on s'aperçoit que les nouvelles techniques d'imagerie issues de la physique, TEP, IRM, ont probablement plus d'importance. De même, si l'on considère l'Inserm, n'y consacre t-on pas trop d'importance à la molécule et à la génétique, selon un phénomène de mode, et pas assez à l'épidémiologie? Les grandes enquêtes auxquelles l'Inserm a participé (comme celle de Pierre Ducimetière avec 'Monica' sur les maladies cardiovasculaires) devraient probablement tenir une plus grande place à l'Inserm. Elles relèvent d'une discipline majeure, mais qui demeure marginale. De même, on nous bassine avec les maladies rares, mais les deux grandes maladies dégénératives en France restent les maladies cardio vasculaires et le cancer, auxquelles il convient d'ajouter les maladies neuro dégénératives identifiées aujourd'hui comme l'une des grandes causes de mortalité. Les démences représenteraient probablement la moitié de la mortalité en France (cf. le rapport de Joël Ménard sur Alzheimer).

L’une de mes fiertés est d’avoir hébergé et/ou formé un grand nombre de médecins ou scientifiques qui ont ensuite formé le socle de recherche cardiologique en France : d’abord Ketty Schwartz, mais aussi Lydie Rappaport, Jean-Jacques Mercadier, Jean Léger, Jane-Lyse Samuel, Claude Delcayre, Lionel Lelièvre, Patrick Assayag, Sophie Besse, François Carré… et bien d’autres.

La médecine et l'Evolution

Lorsque j'ai pris ma retraite en 1997, j'ai entrepris certains projets personnels, notamment des randonnées, puis j'ai commencé à écrire des bouquins sur la relation entre la médecine et l'Evolution, la médecine évolutionniste. Dans ma jeunesse, alors que je préparais l'internat, j'avais fait un certificat d'ethnologie au Musée de l'homme, un endroit où il y avait une ambiance fantastique avec des gens comme André Leroi-Gouran. J'aime ce type de recherche de base et j’aime beaucoup la citation célèbre de Theodosius Dobzhansky : "Nothing in Biology makes sense except in the Light of Evolution", autrement dit, l'évolution est la base de la biologie. C'est ce que l'on hérite par hasard à la suite d'un certain nombre de mutations génétiques qui répondent à une nécessité (cf. le célèbre livre de J. Monod, 'Le hasard et la nécessité'). En fait, la vision darwinienne de la biologie est assez largement étrangère à l'esprit français. A ma retraite j'ai écrit quelques bouquins sur l'Evolution perçue sous l'angle de la médecine, d'abord en cardiologie avec la mécano transmission où une force physique se transforme en signal biologique. L'exemple le plus simple, c'est l'hypertrophie des muscles soumis à l'exercice physique. Ce phénomène se rencontre partout dans la nature et l'on peut par exemple observer sur les racines des arbres qui se développent dans le sens contraire du vent. En médecine, il existe bien d'autres exemples de cette mécanique génétique qui active la croissance des tissus. Cela offre une vue évolutionniste de la maladie d'Alzheimer, du cancer, etc. Dans mon livre j'évoque aussi la nutrition avec l'hypothèse du 'gène économe' à l'origine du phénomène d'obésité épidémique.

Médecine et environnement

Ces réflexions sur l'Evolution m'ont finalement amené à m'intéresser aux relations entre la médecine et l'environnement, ce qui a constitué le thème de mes derniers livres. J'y ai consacré un chapitre sur les conséquences médicales du changement climatique. C'est un des marqueurs les plus évidents des effets (et des méfaits !) de l’activité humaine sur l'environnement. La médecine doit prendre en compte les activités positives ou délétères de l'homme, d'où le titre de mon dernier bouquin, 'L'homme malade de lui même'. Aujourd'hui le facteur de mortalité ne réside plus dans les maladies transmissibles (même dans des pays comme l'Inde), mais dans les maladies non transmissibles liées à l'âge. C'est un paradoxe, on vit plus vieux, mais on rencontre de nouveaux risques. Cela m’a valu de collaborer avec Jean-François Toussaint et Gilles Bœuf, avec qui j’ai organisé deux colloques et publié deux livres. Je suis en train de préparer un bouquin sur la biologie de la sénescence. Mais il ne faut pas confondre sénescence et longévité. Alors que la longévité est définie par la génétique et est liée à une espèce donnée, le processus de sénescence n'est pas inscrit dans le génome, c'est un concept créé par l'homme. En fait, on manque de données pour faire le lien entre sénescence et Evolution. C’est peut-être un symbole que d’écrire sur ce sujet à mon âge !