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Paris, 22 septembre 2011
Médaille d'or du CNRS 2011 : Jules Hoffmann, biologiste,
pionnier dans l'étude de l'immunité chez les insectes
La Médaille d'or du CNRS, plus haute distinction scientifique en
France, est décernée cette année à Jules
Hoffmann, biologiste de renommée internationale. Directeur de
recherche émérite au CNRS et professeur à
l'Université de Strasbourg, Jules Hoffmann a consacré ses
travaux à l'étude des mécanismes
génétiques et moléculaires responsables de
l'immunité innée (1) chez les insectes. Ses nombreuses
découvertes dans le domaine ont fait émerger une vision
nouvelle des mécanismes de défense que les organismes,
des plus primitifs jusqu'à l'homme, opposent aux agents
infectieux. Président de l'Académie des Sciences en 2007
et 2008, Jules Hoffmann a créé et dirigé le
laboratoire CNRS « Réponse immunitaire et
développement chez les insectes » installé à
l'Institut de biologie moléculaire et cellulaire du CNRS
à Strasbourg où il poursuit toujours ses travaux avec ses
collaborateurs.
Né au Luxembourg en 1941, Jules Hoffmann a effectué ses
études universitaires à Strasbourg où il a obtenu
une thèse de biologie expérimentale. Il entre au CNRS en
1964 puis crée le laboratoire CNRS "Réponse immunitaire
et développement chez les insectes" qu'il a dirigé
jusqu'en 2006. Ce laboratoire fait partie de l'Institut de biologie
moléculaire et cellulaire du CNRS dont il a été
également directeur de 1994 à 2006.
Au début de sa carrière, Jules Hoffmann s'est
intéressé, avec ses collaborateurs, au rôle des
hormones stéroïdes sur le développement et la
reproduction des insectes. Menées à l'interface entre la
chimie et la biologie, ses recherches ont porté sur la voie de
biosynthèse, le métabolisme et les rôles de
l'ecdysone, l'hormone contrôlant la mue des insectes. Ces travaux
ont conduit à la découverte d'un apport maternel
d'ecdysone à l'embryon.
À partir de la fin des années 80, Jules Hoffmann a
initié plusieurs séries d'études cruciales faisant
de la drosophile (ou mouche du vinaigre) un modèle de recherche
de l'immunité innée (1). Avec ses collègues, il
s'est tout particulièrement intéressé aux
réponses antibactériennes et antifongiques. Les
chercheurs du laboratoire ont découvert et
caractérisé une vingtaine de peptides antimicrobiens chez
la drosophile puis ont analysé l'expression des gènes de
ces peptides au cours de la réponse immunitaire. Parmi ces
peptides antimicrobiens, certains sont retrouvés chez les
mammifères et on sait aujourd'hui que l'homme en produit des
quantités élevées, notamment au niveau de la peau,
du tube digestif et des reins.
Découverte remarquable en 1996 : l'équipe de Jules
Hoffmann a mis en évidence, à l'aide des outils de
génétique moléculaire, le premier récepteur
transmembranaire de l'immunité innée capable d'activer
l'expression de gènes du système immunitaire. Ce
récepteur, appelé Toll, avait été
identifié initialement en Allemagne pour son rôle dans le
développement embryonnaire de la drosophile.
Les travaux du laboratoire de Jules Hoffmann ont montré que le
récepteur Toll est activé en réponse à une
infection fongique (due à un champignon) ou bactérienne
(par des bactéries de type Gram-positive). Cette infection
déclenche l'activation d'une cascade de signalisation
intracellulaire qui aboutit à l'expression de gènes
codant notamment pour les puissants peptides antimicrobiens qui
détruisent les envahisseurs fongiques ou bactériens. Des
chercheurs américains (Charles Janeway à Yale), avec
lesquels le groupe Hoffmann collaborait dans le cadre d'un programme
« Human Frontiers in Science », ont recherché des
homologues chez l'homme. Un an plus tard fut établie l'existence
d'une famille de récepteurs humains semblables à ceux
initialement découverts dans la réponse antifongique de
la drosophile. Baptisés Toll Like Receptors (TLR), ces
récepteurs humains participent à l'activation et à
l'amplification de la réponse immunitaire spécifique,
adaptative, qui caractérise les vertébrés.
Les chercheurs du laboratoire de Jules Hoffmann ont découvert
l'existence d'une deuxième voie de réponse immunitaire
chez la drosophile répondant essentiellement à des
infections par des bactéries de type Gram-négatif. Cette
voie (appelée IMD pour Immune Deficiency) est distincte de celle
des récepteurs Toll/TLR et est proche de la voie du tumor
necrosis factor (TNF) (2) de l'homme.
En montrant la grande conservation des mécanismes de
défense innée entre l'insecte et l'homme, les travaux
initiés par Jules Hoffmann et ses équipes ont conduit
à réévaluer le rôle de l'immunité
innée chez les mammifères, participant largement au
regain d'intérêt pour ce domaine négligé de
l'immunologie. Les études sur l'immunité chez les
insectes ont eu des répercussions importantes et les recherches
menées au laboratoire "Réponse immunitaire et
développement chez les insectes" du CNRS s'étendent
aujourd'hui aux réactions antivirales de la drosophile et aux
défenses antiparasitaires de l'anophèle, vecteur du
paludisme. De façon plus générale, le
modèle drosophile a permis aux biologistes du monde entier de
faire des progrès considérables non seulement en
génétique du développement et en immunité
innée mais également dans l'étude de certaines
pathologies humaines ou dans la compréhension des
phénomènes de mémoire, de comportement, de
sommeil, de nutrition.
Président de l'Académie des sciences française en
2007 et 2008, Jules Hoffmann est également membre des
Académies des sciences des États-Unis, d'Allemagne et de
Russie. Il a reçu de nombreux prix prestigieux comme
dernièrement le Prix Rosenstiel pour l'Immunité (2010),
le Prix Keyo de Médecine (2011), le Prix Gairdner 2011 en
sciences médicales, et le Prix Shaw 2011 en sciences du vivant
et médecine. Jules Hoffmann est également Chevalier de la
Légion d'Honneur.
Notes :
(1) L'immunité innée est un mécanisme de
défense antimicrobien de première ligne, qui s'oppose
immédiatement à des agents microbiens entrés en
contact avec un organisme. Dépourvue de la
spécificité particulière de l'immunité
adaptative et du phénomène de mémoire à la
base de la vaccination, l'immunité innée est
présente chez tous les organismes vivants et joue un rôle
indispensable dans l'activation de la réponse adaptative chez
les vertébrés.
(2) Le TNF (tumor necrosis factor) est une cytokine inflammatoire
indispensable à la défense immunitaire contre des
pathogènes. Les cytokines sont des molécules jouant le
rôle de médiateur cellulaire.
Contacts :
Presse CNRS l Elsa Champion l T. 01 44 96 43 90 l elsa.champion@cnrs-dir.fr