LÕaffaire de la mŽmoire de lÕeau traitŽe par le journal ÔLe MondeÕ
(1986 Ð 1989)
6 mars 1986
Un phŽnomne mystŽrieux
J.-Y. Nau, F. Nouchi
C'est en mars 1985 que le docteur Jacques Benveniste et son Žquipe
ont, pour la premire fois, ŽvoquŽ les rŽsultats positifs qu'ils observaient ˆ
partir de produits homŽopathiques obtenus aprs une forte dilution (le Monde du
6 mars 1985). Les travaux portaient essentiellement sur un modle expŽrimental
bien connu en immunologie sous le nom de " test de dŽgranulation des
basophiles ". La publication de ces premiers rŽsultats avait alimentŽ une
vive controverse scientifique, les adversaires de l'homŽopathie mettant
notamment en cause la rigueur mŽthodologique de l'Žquipe de l'INSERM. A
Strasbourg, le docteur Benveniste a notamment ŽvoquŽ les rŽsultats positifs
observŽs avec, selon lui, toute la rigueur nŽcessaire, ˆ partir de trs hautes
dilutions. Une sŽrie de travaux complŽmentaires trs sophistiquŽs ont ŽtŽ menŽs
(utilisation avant dilution de diffŽrentes sub-stances homŽopathiques ou non,
Žtude de l'effet de diffŽrents paramtres, comme la chaleur, la
congŽlation-dŽcongŽlation, l'impact des ultrasons...) qui permettent de mieux
cerner le phŽnomne mystŽrieux qui aurait ŽtŽ mis en Žvidence. Le docteur
Benveniste et son Žquipe ont tenu, cette fois, ˆ faire confirmer leurs
rŽsultats par d'autres Žquipes scientifiques qui seraient parvenues aux mmes
conclusions (1). De nombreuses personnalitŽs scientifiques ont ŽtŽ consultŽes.
Une rŽcente rencontre, aux Bermudes, avec plusieurs physiciens de haut niveau,
dont plusieurs prix Nobel, a renforcŽ le spŽcialiste franais dans sa volontŽ
de dŽvelopper, ˆ partir de ses rŽsultats, une recherche multidisciplinaire en
dehors du cadre trop marquŽ et souvent trop passionnel de l'homŽopathie.
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(1) Il s'agirait des Žquipes de l'institut Weizman de JŽrusalem,
de l'universitŽ de Toronto, de l'universitŽ de Milan et de l'h™pital
Sainte-Marguerite de Marseille (professeur Jacques Charpin).
30 mai 1988
Une base scientifique pour une discipline contestŽe ?
Les "molŽcules fant™mes" de l'homŽopathie
J. ÐY. Nau
Le docteur Jacques Benveniste, directeur de recherche ˆ l'Institut
national de la santŽ et de la recherche mŽdicale (UnitŽ 200) et membre du
comitŽ scientifique de cet Institut, a rendu publique, le vendredi 27 mai - au
congrs national d'homŽopathie, ˆ Strasbourg - une sŽrie de rŽsultats
scientifiques spectaculaires, qui pourraient bouleverser beaucoup des donnŽes
actuelles de la biologie, de la pharmacologie et de la physique. Ces rŽsultats
semblent apporter une base rationnelle ˆ certains des principes fondamentaux de
l'homŽopathieÉ/ Le futur mandarin, a fait une croix sur sa carrire
hospitalo-universitaire pour entrer dans le monde de la recherche. L'orage de
1968 passŽ, il quitte la France pour la Californie. C'est ˆ La Jolla qu'il
dŽcouvre le PAF acether, une molŽcule humaine dont on sait aujourd'hui qu'elle
joue un r™le fondamental dans l'asthme et les phŽnomnes inflammatoires (1971).
C'est ensuite le retour en France, en 1973, dans l'Žquipe du professeur Jean
Hamburger puis, enfin, l'autonomie ˆ Clamart, avec la crŽation de l'unitŽ 200
de l'INSERM (Immunopharmacologie de lÕallergie et de lÕinflammation) qu'il
dirige depuis 1980 et o cinquante personnes travaillent aujourd'hui sur les
mŽcanismes fondamentaux de l'allergie et de l'inflammation. Il s'Žtait une fois
de plus en 1975 illustrŽ dans ce domaine en mettant au point le test de
dŽgranulation des basophilesÉ/
Strasbourg de notre envoyŽ spŽcial (J.-Y. Nau)
Jamais un congrs d'homŽopathes n'avait ŽtŽ le cadre d'une
communication scientifique d'une telle portŽe. "Le problme est simple,
explique le docteur Benveniste, soit nous nous sommes rŽgulirement trompŽs
depuis trois ans et, avec nous, plusieurs laboratoires de grand renom, dont un
franais; soit nous sommes en face d'une dŽcouverte tout ˆ fait extraordinaire,
dont on ne peut encore mesurer les consŽquences et les bouleversements qu'elle entrainera."
Etrange situation que celle qui voyait un chercheur de renommŽe internationale,
spŽcialisŽ dans l'Žtude de l'immunitŽ et de la pharmacologie de l'inflammation,
venir expliquer ˆ plusieurs centaines d'homŽopathes franais que la communautŽ
scientifique internationale Žtait peut-tre sur le point d'apporter une base
rationnelle ˆ un principe homŽopathique tenu jusqu'ici pour une hŽrŽsie, sinon
une imposture : l'effet biologique de prŽparations dans lesquelles les
molŽcules supposŽes tre actives ont ŽtŽ diluŽes ˆ des niveaux tels qu'elles ne
peuvent plus tre physiquement prŽsentes. "Je ne suis pas homŽopathe et ne
cherche nullement ˆ dŽfendre l'homŽopathie. Mais il faut bien reconnaitre que
nous avons mis en Žvidence un phŽnomne qui pourrait confirmer que Samuel
Hannemann a eu, il y a deux sicles, une intuition de gŽnie", a dŽclarŽ le
docteur Benveniste. Les travaux menŽs par le docteur Benveniste et par son
Žquipe appuient la thŽorie selon laquelle il pourrait y avoir " un effet
molŽculaire sans molŽcule ". En d'autres termes, une eau dans laquelle on
a diluŽ, ˆ de trs hauts niveaux, une substance pharmacologiquement active,
pourrait avoir un effet biologique spŽcifique, alors mme qu'elle ne contient
plus aucune molŽcule de cette substance. " Ces expŽriences pourraient
rŽvŽler une infrapharmacologie propre ˆ des concentrations trs ŽloignŽes de la
pharmacologie classique, rŽsume le docteur Benveniste. Le support molŽculaire
de tels phŽnomnes reste trs mystŽrieux. Il semble cependant que sa mise en
Žvidence puisse conforter beaucoup de nos approches biologiques et permettre
d'envisager une organisation de la matire actuellement inconnue. "
On est ainsi amenŽ ˆ parler de " molŽcules fant™mes ",
d'" empreintes molŽculaires " d'une eau qui aurait conservŽ le "
souvenir " des substances avec lesquelles elle a ŽtŽ en contact. "
J'observe, mais je ne comprends pas; nous ne pouvons fournir d'explication. Je
comprends tout ˆ fait que l'on soit angoissŽ par le fait qu'il puisse y avoir un
effet molŽculaire sans molŽcule; je comprends qu'il y ait des rŽticences sur
tout cela, a dŽclarŽ le docteur Benveniste ˆ Strasbourg, seule une approche
multidisciplinaire nous permettrait d'avancer. Pour l'instant, les rŽsultats
que nous avons obtenus ont pu tre confirmŽs par cinq autres laboratoires,
quatre Žtrangers et un franais. Il est essentiel que tout cela soit lŽgitimŽ,
cautionnŽ par la communautŽ scientifique. Seule la publication de nos travaux
dans une revue internationale indiscutŽe, permettra d'avancer.
30 mai 1988
Le second souffle d'une molŽcule
F. Nouchi
Seize ans aprs la dŽcouverte d'une molŽcule, le PAF (Platelet
activating factor), les premires expŽrimentations sur l'homme ont commencŽ.
PAF, au simple ŽnoncŽ de ces trois lettres il est de bon ton, dans la
communautŽ scientifique franaise de rŽpondre par un sourire entendu. " Le
PAF ? Ah oui, ce truc de BenvŽniste... ". Un truc peut-tre, mais un truc
qui commence ˆ intŽresser de nombreuses firmes pharmaceutiques qui, les unes
aprs les autres, se mettent ˆ produire des molŽcules anti-PAF. Y aurait-il donc
une " affaire PAF " ? Et d'abord, de quoi s'agit-il ? DŽcouvert en
1972, par l'Žquipe du docteur Jacques BenvŽniste (unitŽ 200 de l'INSERM), le
PAF (anciennement dŽnommŽ le Platelet activating factor) est une molŽcule
libŽrŽe ˆ la fois par de nombreuses types de cellules (cellules sanguines,
tissulaires, etc.) et par divers organes (poumon, coeur, rein, peau,...).
Initialement appelŽ PAF parce qu'il est capable de provoquer une agrŽgation
entre les plaquettes sanguines, le PAF pourrait en rŽalitŽ jouer un r™le
beaucoup plus variŽ dans de nombreux phŽnomnes pathologiques : allergie,
inflammation, affections cardiovasculaires, rŽnales, gastro-intestinales, etc.
A priori, donc le PAF avait tout pour intŽresser et la communautŽ scientifique
et l'industrie pharmaceutique. Pourtant l'accueil qui en France fut rŽservŽ ˆ
cette dŽcouverte fut des plus tides. D'aucuns expliqurent ce peu d'intŽrt
pour cette nouvelle molŽcule par la personnalitŽ - jugŽe " originale
", voire " turbulente " ou " provocatrice " de celui
qui l'avait dŽcouverte. " Enfant terrible " de la recherche franaise
- il devait, aux yeux de beaucoup, confirmer cette rŽputation quelques annŽes
plus tard avec ses travaux sur " les effets molŽculaires sans molŽcules
" et sur l'homŽopathie, - Jacques BenvŽniste est considŽrŽ par ses pairs
tant™t comme un " homme d'une intelligence hors du commun ", tant™t
comme un " huluberlu ". Reste tout de mme - et cela n'est contestŽ
par personne - qu'on lui doit la dŽcouverte du PAF... Finalement, ce furent les
firmes pharmaceutiques qui, les premires, comprirent l'intŽrt potentiel de
cette dŽcouverte. Rh™ne-Poulenc, Beaufour, Hoechst-Roussel mais aussi Roche,
Sandoz, Takeda, Merck et Co, Fujisawa, Boehringer-Ingelheim, Hoffmann-Laroche
Upjohn, chacun de ses laboratoires se mit ˆ la recherche de " la molŽcule
anti-PAF qui, peut-tre, s'avŽrerait efficace dans le traitement de pathologies
aussi diverses que l'ulcre de l'estomac, le choc endotoxique, le rejet de
greffe, l'ischŽmie cŽrŽbrale, l'asthme, etc.
L'asthme bronchique
Parmi les nombreuses pistes suivies par ces laboratoires,
certains, comme Rh™ne-Poulenc, cherchrent ˆ produire des antagonistes
spŽcifiques synthŽtiques du PAF. D'autres, comme IPSEN-Beaufour, rŽussirent ˆ
extraire des molŽcules ayant une action anti-PAF ˆ partir de plantes de la
pharmacopŽe chinoise (Ginkgo Biloba). D'autres enfin, comme
Boechinger-Ingelheim mirent ˆ jouer des dŽrivŽs des benzodiazŽpines ayant une
action anti-PAF mais dŽpourvus d'effets neurologiques centraux. Restait alors ˆ
passer de l'expŽrimentation in vitro et sur l'animal aux essais cliniques sur
l'homme. C'est dans l'asthme bronchique que le PAF semble avoir l'effet le plus
net. En effet, il est capable de provoquer chez l'homme une constriction
immŽdiate des bronches; en outre il induit une hyperrŽactivitŽ bronchique ˆ
long terme et il est capable de gŽnŽrer du mucus bronchique, une autre
caractŽristique de la maladie asthmatique. Le PAF Žtant douŽ de telles
propriŽtŽs, il Žtait logique d'envisager l'essai d'un antagoniste dans le
traitement de l'asthme. C'est ce qui vient d'tre rŽalisŽ par l'Žquipe du
docteur Philippe Guinot (Ipsen International-IBM) avec la collaboration de
plusieurs services de pneumologie franais. Les rŽsultats de cette Žtude ont
ŽtŽ prŽsentŽs le 28 mai dernier ˆ l'h™pital Cochin au cours d'un symposium
international. Les patients avaient ŽtŽ traitŽs en double aveugle pendant un
mois avec, soit du BN 52063 (un mŽlange de ginkgolides A, B et C), soit du
placebo. Il a pu tre montrŽ, et ce uniquement dans le groupe traitŽ, une
amŽlioration de l'ordre de 10 ˆ 15% du dŽbit respiratoire de pointe. Il est
Žvidemment prŽmaturŽ d'en conclure que les antagonistes du PAF constitueront
dans l'avenir un traitement de l'asthme. De mme qu'il est encore trop t™t pour
savoir si ces molŽcules seront utilisŽes un jour dans d'autres indications. Le
prŽcŽdent des prostaglandines incite ˆ une certaine prudence : aprs
l'enthousiasme qui avait succŽdŽ ˆ la dŽcouverte de ces mŽdiateurs (celle-ci
avait valu le prix Nobel de mŽdecine 1982 ˆ ses auteurs), un certain
dŽsenchantement avait suivi. Rien ne dit qu'il n'en n'ira pas de mme avec le
PAF. Mais rien ne dit le contraire non plus...
30 juin 1988
Une dŽcouverte franaise pourrait bouleverser les fondements de la
physique. La mŽmoire de la matire
J.-Y. Nau, F. Nouchi
Un groupe de biologistes franais et Žtrangers dirigŽ par le
docteur Jacques Benveniste, directeur de recherche (unitŽ 200) ˆ l'INSERM,
rŽvle, dans le prochain numŽro de l'hebdomadaire scientifique britannique
ÔNature Õ, avoir rŽussi ˆ mettre en Žvidence un phŽnomne encore inexplicable,
qui pourrait bouleverser les conceptions actuelles sur la structure de la
matire. Etrange hallucination collective ou vŽritable rŽvolution scientifique
? Jamais, peut-tre, la publication de rŽsultats fondamentaux n'aura ŽtŽ
attendue avec une telle impatience. Une impatience on ne peut plus justifiŽe
puisqu'il s'agit ni plus ni moins de dŽcouvrir si certains des fondements
actuels de la physique, de la chimie et de la biologie doivent ou non tre
remis en question. Aprs de longs mois d'hŽsitations, la prestigieuse revue
scientifique britanniqueNature s'est enfin rŽsolue ˆ publier ce qui est, selon
son directeur, M. John Maddox, un phŽnomne " incroyable " : la
preuve apportŽe par une Žquipe de biologistes internationaux, conduite par un
Franais, le docteur Jacques Benveniste (Institut national de la santŽ et de la
recherche mŽdicale), qu'une information biologique spŽcifique peut tre
transmise par de l'eau a priori pure; ou encore que l'eau est capable de
conserver le " souvenir " de molŽcules biologiquement actives ayant
ŽtŽ ˆ son contact mais qui, ˆ la suite de dilutions rŽpŽtŽes, ont fini par
disparaitre. Ainsi, on pourrait penser qu'il peut exister des " effets
molŽculaires sans molŽcules ", une conclusion qui, parce qu'elle
bouleverse les principes essentiels sur lesquels se sont construites la chimie,
la physique et la biologie contemporaines, ne peut que donner des cauchemars
aux scientifiques du monde entier. Au dŽpart, le docteur Benveniste posait des
questions simples : les produits homŽopathiques ont-ils oui ou non des effets
biologiques observables expŽrimentalement ? Des substances diluŽes ˆ l'infini
(au point qu'il n'y reste plus de molŽcules biologiquement actives)
peuvent-elles avoir une action sur le vivant ? Trs vite - on Žtait alors en
1985 - on dŽcouvrit ˆ l'unitŽ 200 de l'INSERM que le problme Žtait trs
complexe et qu'un phŽnomne extraordinaire pouvait tre mis en Žvidence. Fort
de ses compŽtences en immunopharmacologie de l'allergie et de l'inflammation,
Jacques Benveniste, en collaboration avec un mŽdecin homŽopathe, le docteur
Bernard Poitevin, Žtudia un phŽnomne bien connu en allergologie : la "
dŽgranulation " de certaines cellules sanguines (les basophiles)
lorsqu'elles sont mises en prŽsence d'un allergne (pollen, poussire de
maison, aspirine, etc.). Jacques Benveniste put ainsi dŽmontrer qu'en mettant
en prŽsence ces basophiles un allergne et un produit homŽopathique (en
l'occurrence Apis Mellifica, du venin d'abeille trs diluŽ), il se produisait
une forte diminution du pourcentage de dŽgranulation. La publication de ces
rŽsultats (le Monde du 6 mars 1985), dŽclencha une violente polŽmique.
Partisans et adversaires de l'homŽopathie, une fois de plus, repartirent en
guerre. Le docteur Benveniste eut beau expliquer que ces rŽsultats ne
permettaient en aucune manire de conclure quoi que ce soit quant ˆ
l'efficacitŽ thŽrapeuthique de cette " mŽdecine douce ", le "
mal " Žtait fait : pour l'establishment scientifique, il avait sautŽ le
pas, et Žtait " passŽ ˆ l'ennemi ".
Commission d'enqute
Dans les annŽes qui suivirent, l'Žquipe du docteur Benveniste
continua ses recherches sur les effets des hautes dilutions sur les systmes
biologiques. Plus elle avanait, plus elle confirmait l'intuition du dŽpart :
la mise en Žvidence d'un phŽnomne aussi extraordinaire qu'incomprŽhensible :
de trs hautes dilutions (jusqu'ˆ 1X10120 d'antisŽrum anti-IGE Žtaient capables
de provoquer une dŽgranulation des cellules basophiles du sang.
On peut comprendre l'empressement, pour ne pas dire l'impatience,
de cette Žquipe de chercheurs ˆ l'idŽe de publier dans la presse scientifique
internationale pareille dŽcouverte puisqu'elle bouleversait la conception sur
le mode de transmission del l'information en biologie. HŽlas ! il lui fallut
vite dŽchanter. On ne publie pas ce que l'on n'est pas capable d'expliquer,
rŽpondirent en substance les principaux directeurs de revues scientifiques.
L'un d'eux, ˆ bout d'arguments pour calmer l'impatience du docteur Benveniste,
lui rappela que GalilŽe dut, lui aussi, affronter le scepticisme de ses
contemporains... Ce fut finalementNature qui accepta d'entreprendre de
vŽritables nŽgociations avec le docteur Benveniste. Avec, comme condition sine
qua non ˆ une publication, la reproduction de ce phŽnomne dans d'autres
laboratoires Žtrangers. Cela fut rŽalisŽ sans difficultŽs au Ruth Ben Ari
Institute (Isra‘l), ˆ l'universitŽ de Milan et ˆ l'universitŽ de Toronto. Ainsi
a priori, tout risque d'artefact, d'erreur de manipulation ou de mŽthodologie
Žtait ŽcartŽ.Nature , pourtant, ne se dŽcidait toujours pas ˆ accepter la
publication de ce travail... Tout devait s'accŽlŽrer le mois dernier avec le
compte-rendu, dans le Monde (datŽ 29-30 mai) de la communication faite par le
docteur Benveniste au cours d'un congrs national d'homŽopathie ˆ Strasbourg.
Pour la premire fois, le chercheur franais Žvoquait publiquement ses travaux.
Soucieuse, sans doute, de ne pas passer ˆ c™tŽ d'une publication "
historique ",Nature dŽcida d'accŽlerer le processus de publication. Non
sans d'ailleurs s'entourer d'un maximum de prŽcautions. Bien qu'aucun des
" referees " (relecteurs scientifiques de haut niveau) n'ait formulŽ
de critiques fondamentales au sujet de la valeur scientifique des travaux de
l'Žquipe de l'INSERM,Nature a dŽcidŽ non seulement d'accompagner la publication
de l'article (1) d'une " rŽserve Žditoriale " mais encore de nommer
une commission d'enqute qui se rendra dŽbut juillet dans le laboratoire de
Jacques Benveniste. Son rapport devrait tre publiŽ dans le numŽro deNature du
14 juillet. Aujourd'hui, on ne peut donc que constater et s'interroger. Il
apparait que l'on peut obtenir des effets biologiques spŽcifiques avec de trs
hautes dilutions de substances actives; que ces rŽactions spŽcifiques sont
provoquŽes par un systme dŽclenchant, a priori non molŽculaire; et que ce
phŽnomne ne peut tre observŽ que si la dilution s'accompagne d'une agitation
du liquide. Bien que la portŽe de cette dŽcouverte aille bien au-delˆ de
l'homŽopathie, les homŽopathes ne manqueront pas de crier victoire en faisant
remarquer que ces travaux confirment implicitement deux des trois dogmes sur
lesquels repose leur mŽdecine : l'effet des hautes dilutions et le principe de
la " dynamisation " (l'agitation) nŽcessaire entre chaque dilution.
Mais ce serait pourtant une profonde erreur de conclure ˆ la dŽmonstration de
l'efficacitŽ thŽrapeuthique de l'homŽopathie.
Une prise de position de l'INSERM
Et maintenant, que va-t-il se passer ? " Nous allons
confirmer l'existence de ce phŽnomne dans d'autres systmes biologiques, a
expliquŽ le docteur Benveniste. Il faut rappeler que de telles observations ne
peuvent tre faites dans tous les systmes. Ainsi, il n'apparait pas possible
d'induire la contraction d'un muscle lisse en utilisant des substances aussi
hautement diluŽes. En revanche, il semble bien que l'on puisse agir sur les
flux ioniques transmembranaires. " D'autre part, explique-t-il, il faut
" entreprendre des coopŽrations multidisciplinaires internationales,
notamment avec des physiciens et des chimistes capables de nous donner
peut-tre un jour la solution du problme ". La direction de l'INSERM a
publiŽ le mercredi 29 juin, la veille de la parution de l'article dansNature ,
un communiquŽ. C'est sans doute la premire fois que l'INSERM agit de cette
manire vis-ˆ-vis de travaux effectuŽs par ses chercheurs. Ce texte, qui peut
tre considŽrŽ comme une vŽritable " prise de position idŽologique "
selon l'expression du directeur de l'INSERM, M. Philippe Lazar, traduit
l'embarras de l'Institut vis-ˆ-vis de cette publication. Aprs une phase "
d'incrŽdulitŽ temporaire " de la part de la communautŽ scientifique,
souligne le communiquŽ, viendra le temps de l'Žvaluation scientifique
proprement dite. On saura alors s'il ne s'agit que d'illusion ou au contraire
d'une rŽelle avancŽe des connaissances. Pourtant, la direction de l'INSERM note
que cette publication dans une revue aussi prestigieuse queNature constitue
dŽjˆ " une Žtape importante "dans le processus d'Žvaluation ainsi
engagŽ".
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(1) " Human basophil degranulation triggered by very dilute
antiserum against IGE ". E. Davenas, J. Benveniste et coll. (Nature du 30
juin).
27 juillet 1988
Nouvelles polŽmiques sur " la mŽmoire de la matire "
Une commission d'enqute conteste les rŽsultats du docteur Benveniste. Une
Žtrange brigade antifraude
J.-Y. Nau
L'hebdomadaire scientifique britannique Nature rendra publiques,
le jeudi 28 juillet, les conclusions de la commission qui a enqutŽ dans le
laboratoire du docteur Jacques Benveniste (unitŽ 200 de l'INSERM), aprs la
publication par cette revue des rŽsultats signŽs par ce chercheur franais et
par son Žquipe de scientifiques de diffŽrents pays mettant en cause plusieurs
des fondements de la conception actuelle de la matire (le Monde du 30 juin).
Le rapport de cette commission, dont nous publions ici les principaux extraits,
met en cause la valeur scientifique des rŽsultats publiŽs il y a quelques
semaines. Il s'agit lˆ d'un nouvel et important Žpisode dans la polŽmique sur
ces travaux qui concernent plusieurs Žquipes scientifiques de renommŽe
internationale ainsi qu'une revue considŽrŽe, jusqu'ˆ prŽsent, comme l'une des
plus prestigieuses du monde. Dans l'entretien qu'il a accordŽ au Monde, le
docteur Benveniste conteste, pour sa part, de manire trs vive, la valeur du
travail effectuŽ par cette commission et considre ses conclusions comme
dŽnuŽes de tout fondement. Les nouveaux dŽveloppements coincident avec une
autre affaire amŽricaine de dŽnonciation de fraude scientifique, o est
impliquŽ le professeur David Baltimore, prix Nobel de mŽdecine.
La magie au secours de la raison
Aprs la premire historique que constituait la publication des
rŽsultats de l'Žquipe internationale dirigŽe par le docteur Benveniste, tendant
ˆ dŽmontrer qu'il existait une forme de " mŽmoire " de l'eau et de la
matire, c'est une autre et tout aussi extraordinaire premire que viennent de
rŽaliser les dirigeants de l'hebdomadaireNature en dŽcidant a posteriori et
contre toute attente de mener une enqute pour juger de la valeur scientifique
du travail qu'ils avaient acceptŽ de publier. Une dŽmarche d'autant plus
surprenante quand on sait que cette commission Žtait composŽe de M. John Maddox
(journaliste spŽcialisŽ en physique thŽorique et directeur de la revue), de M.
Walter Stewart, spŽcialisŽ depuis une dizaine d'annŽes dans l'Žtude des fraudes
scientifiques, mais aussi de M. James Randi (magicien professionnel), dont la
prŽsence avait ŽtŽ jugŽe utile, prŽcise le rapport, " ˆ cause des
remarquables rŽsultats qu'il avait pu obtenir en matire de tricherie ".
Un groupe bizarrement constituŽ
Ce sont ces trois personnes qui signeront, dans le prochain numŽro
de Nature (datŽ 28 juillet), le rapport de la commission d'experts, trois
personnes qui reconnaissent former " un groupe bizarrement constituŽ
", qui avouent n'avoir aucune expŽrience particulire concernant le
travail menŽ - entre autres - ˆ l'unitŽ 200 de l'INSERM et qui, enfin,
reconnaissent que, dans ces conditions, le travail effectuŽ dans ce laboratoire
pourrait leur tre difficile ˆ apprŽhender. " Mais, sur la base de notre
expŽrience, assurent-ils, nous sommes sžrs de nous quand nous concluons que la
conception des expŽriences effectuŽes ˆ l'unitŽ 200 de l'INSERM est entirement
inadaptŽe aux affirmations faites le mois derniers . "Cette commission
souligne toutefois ne pas avoir mis en Žvidence des tricheries ou des
malhonntetŽs dans le travail expŽrimental de l'Žquipe de Clamart. D'un autre
c™tŽ, nous croyons que les donnŽes expŽrimentales n'ont pas ŽtŽ efficacement
critiquŽes et que les imperfections ont ŽtŽ inefficacement rapportŽes. "
Elle estime Žgalement avoir des raisons de croire que " le docteur
Benveniste Žtait (et peut-tre demeure) ingŽnument convaincu de la rŽalitŽ du
phŽnomne qu'il rapporte dans son article. Nous savons que notre rapport
causera une dŽception ˆ ce laboratoire et nous regrettons qu'il doive en tre
ainsi ". Les observations et les conclusions spectaculaires du docteur
Benveniste reposaient sur un phŽnomne biologique connu sous le nom de "
test de dŽgranulation " qui concerne certaines cellules humaines lorsqu'elles
sont mises au contact des substances auxquelles elles sont allergiques. Le
phŽnomne consiste en une modification des couleurs et des structures de ces
cellules. Les chercheurs franais, israŽliens, italiens et canadiens
expliquaient schŽmatiquement avoir rŽussi ˆ reproduire ce phŽnomne avec de
l'eau " pure " qui avait ŽtŽ mise en contact avec une substance
allergisante diluŽe ˆ l'infini, tout se passant comme si cette eau avait
conservŽ le " souvenir " du contact de cette substance. La publication
de ces observations avait suscitŽ un tollŽ chez nombre de chimistes et de
biologistes qui ne pouvaient comprendre les bases rationnelles d'un phŽnomne
contraire aux donnŽes fondamentales de la science molŽculaire.
Fautes professionnelles
Les critiques des trois membres de la commission concernent, pour
l'essentiel, le mauvais contr™le statistique qui, selon eux, a ŽtŽ fait sur ces
expŽrimentations. Ils soulignent aussi l'existence d'erreurs systŽmatiques qui
n'ont pas ŽtŽ recherchŽes. Selon eux, le phŽnomne mis en Žvidence n'est pas
reproductible, du moins tel qu'on l'entend gŽnŽralement. Le docteur Benveniste
rŽfute, pour sa part, de telles critiques sur le fond. Il met en cause la forme
donnŽe ˆ de telles investigations et accuse les membres de la commission de
fautes professionnelles (lire l'entretien ci-dessous). " Il faut savoir,
ajoute-t-il dans son commentaire, que publieraNature que le rapport de la
commission d'enqute s'auto dŽtruit puisque ses auteurs reconnaissent eux-mmes
que le biais statistique qu'ils croient avoir mis en Žvidence ne concerne pas
certaines expŽriences qui ont admirablement marchŽ. " Il assure, d'autre
part, que ces travaux avaient ŽtŽ menŽs sous la direction de spŽcialistes
franais et israŽliens de compŽtence internationale. Compte tenu de ces
ŽlŽments, il est clair que, loin de mettre un terme ˆ la polŽmique, la
publication ˆ venir du rapport de la commission d'enqute va bel et bien
l'exacerber. En l'Žtat actuel du dossier, plusieurs questions importantes
peuvent tre soulevŽes. Pourquoi une revue aussi prestigieuse queNature
a-t-elle prŽcipitŽ sa publication des conclusions d'un travail avant de mener
l'investigation qu'elle souhaitait voir rŽaliser et qui Žtait, au dŽpart, une
des conditions prŽalables ˆ cette publication ? Comment justifier l'attitude de
M. Stewart, qui avait cautionnŽ le travail du docteur Benveniste et autorisŽ sa
publication et qui, aujourd'hui, en remet totalement en cause la valeur ?
Quelle raison avancer pour justifier la prŽsence d'un " magicien
professionnel " dans la commission d'enqute, sinon le postulat
qu'existait une fraude camouflŽe dans le laboratoire franais ? Pourquoi enfin
les auteurs du rapport Žcrivent-ils avoir ŽtŽ " atterrŽs " lorsqu'ils
se sont aperus que deux des collaborateurs du docteur Benveniste Žtaient
salariŽs de la sociŽtŽ homŽopathique franaise Boiron et Cie, le mme Boiron et
Cie qui a d'ailleurs rŽglŽ les notes d'h™tel parisiennes des trois "
enquteurs " deNature ?
8 juillet 1989
Remous autour de la " mŽmoire de l'eau " Le conseil
scientifique de l'INSERM propose de sanctionner le docteur Benveniste
J.-Y. Nau, F. Nouchi
Le conseil scientifique de l'Institut national de la santŽ et de
la recherche mŽdicale (INSERM), prŽsidŽ par le professeur AndrŽ Capron, s'est
prononcŽ, mercredi 5 juillet, en faveur du " non-renouvellement temporaire
" du docteur Jacques Benveniste ˆ son poste de directeur de l'unitŽ 200 de
l'INSERM. Le directeur gŽnŽral de l'INSERM, M. Philippe Lazar, fera connaitre,
lundi 10 juillet, sa dŽcision concernant l'avenir de cette unitŽ.
L'affaire Benveniste - du nom du chercheur qui, l'an dernier, dans
la revue scientifique britannique Nature , avait publiŽ une Žtude tendant ˆ
montrer qu'une information biologique spŽcifique peut tre transmise par de l'eau
a priori pure - rebondit. Ainsi que le prŽvoit le rglement de l'INSERM,
l'unitŽ de recherche d'" immunopharmacologie de l'allergie et de
l'inflammation " dirigŽe par le docteur Benveniste ˆ Clamart
(Hauts-de-Seine) a fait l'objet, ces derniers mois, de l'Žvaluation
quadriennale imposŽe ˆ chaque unitŽ. Dans le contexte de l'affaire dite de la
" mŽmoire de l'eau " et des polŽmiques qu'elle avait suscitŽes l'an
dernier, cette procŽdure d'Žvaluation prenait Žvidemment un tour particulier.
Comme il est d'usage ˆ l'INSERM, la premire Žtape du processus d'Žvaluation de
l'activitŽ de recherche de l'unitŽ a ŽtŽ accomplie par une commission
scientifique spŽcialisŽe dont le r™le, comme celui du conseil scientifique, est
consultatif et non dŽlibŽratif. Il s'agissait de la CSS 2 prŽsidŽe par M.
Richard Rips. Son jugement, en date du 25 avril, prend en compte les diffŽrents
thmes de recherche menŽs ˆ l'unitŽ 200. D'une manire gŽnŽrale, la CSS 2
" a Žmis un vote favorable sur l'activitŽ concernant le PAF-acŽther (...)
un vote dŽfavorable sur la poursuite de l'activitŽ qui concerne les effets
pharmacologiques des hautes dilutions. La CSS 2 a considŽrŽ devoir s'abstenir
de faon majoritaire sur l'opportunitŽ de nommer ˆ nouveau M. Benveniste ˆ la
direction de l'unitŽ 200 dans sa structure actuelle, tous thmes de recherche
confondus. Elle considre cependant que la direction de M. Benveniste serait
tout ˆ fait efficace si la thŽmatique scientifique de l'unitŽ Žtait limitŽe au
PAF-acŽther ". Le PAF-acŽther est une molŽcule, dŽcouverte en 1972 par le
docteur Benveniste, qui joue un r™le fondamental dans les phŽnomnes
inflammatoires et allergiques et qui, depuis plusieurs annŽes, fait l'objet de
nombreuses applications pharmacologiques (le Monde du 15 juin 1988) "
La dimension mŽdiatique nuit...
A l'appui de son jugement, la CSS 2 a cru utile de formuler un
certain nombre de recommandations spŽcifiques. Nous publions ici intŽgralement
les deux dernires, qui donnent une idŽe de la faon dont sont perus au sein
mme de l'INSERM les travaux du professeur Benveniste concernant les hautes
dilutions : 1) Cette activitŽ ne reprŽsente, selon M. Benveniste, qu'une toute
petite fraction de l'activitŽ totale de l'unitŽ et n'emploie aucun chercheur
statutaire. 2) L'Žquipe ne semble pas tre immŽdiatement prte ˆ utiliser
d'autres modles biologiques que celui de la dŽgranulation des basophiles. 3)
Les interprŽtations biophysiques Žventuelles des observations expŽrimentales
dŽpassent actuellement les compŽtences de l'Žquipe telle qu'elle est
constituŽe. Pour toutes ces raisons, il est Žvident que cette problŽmatique ne
peut Žvoluer que trs lentement. Il semble donc urgent que le problme
"change de mains". La CSS 2 conseille donc d'"arrter
immŽdiatement toute relation avec les mŽdias sur les problmes des hautes
dilutions". "Il est clair, ajoute la commission, de l'avis mme de M.
Benveniste, que les faits discutŽs ne peuvent tre considŽrŽs comme Žtablis
dŽfinitivement. La dimension mŽdiatique considŽrable donnŽe ˆ ces rŽsultats ainsi
que la polŽmique permanente associŽe au problme : 1) nuisent aux
collaborations nŽcessaires que l'Žquipe a besoin de conserver ou de lier dans
d'autres domaines scientifiques qui constituent le point fort de son activitŽ
(PAF-acether); 2) nuiront probablement au recrutement de chercheurs pour cette
Žquipe dans les organismes publics et rendront plus difficile la recherche d'un
emploi industriel pour les jeunes doctorants; 3) nuisent probablement ˆ la
rŽputation scientifique de la partie forte de l'Žquipe (PAF-acŽther); 4)
nuisent ˆ l'image de l'INSERM et plus gŽnŽralement ˆ l'image de la communautŽ
scientifique franaise."A la suite de ce premier rapport, le docteur
Benveniste avait Žcrit ˆ M. Philippe Lazar, pour lui indiquer qu'il Žtait prt
ˆ arrter les travaux qu'il menait dans le cadre de l'INSERM sur les hautes
dilutions. Il disait cependant contester la manire dont avait ŽtŽ conduite
l'Žvaluation de son unitŽ. C'est pourquoi une deuxime Žvaluation de l'unitŽ
200 avait ŽtŽ dŽcidŽe par la suite. Elle avait ŽtŽ conduite par MM. Claude
Kordon, Jean-Marc Lhoste, AndrŽ Crastes du Paulet, et par Mme Jeanine
Charreire, tous les quatre membres du conseil scientifique de l'INSERM. Fait
exceptionnel, il avait ŽtŽ demandŽ Žgalement ˆ deux chercheurs Žtrangers, un
Anglais, le docteur Barry Kay (Brompton Hospital, Londres) et un AmŽricain, le
docteur Henry Metzger (National Institute of Health, Bethesda), de s'adjoindre
ˆ eux.
Calmer le jeu
C'est ˆ la suite de cette deuxime Žvaluation que devait se
rŽunir, comme il le fait chaque annŽe, le conseil scientifique de l'INSERM. Le
conseil scientifique a Žmis son avis - qui devait rester confidentiel jusqu'ˆ
la dŽcision du directeur gŽnŽral - en souhaitant que le "
non-renouvellement temporaire " (de l'ordre de quelques semaines) du
docteur Benveniste dans ses fonctions lui permette de formuler un nouveau
programme de recherches, nouveau programme dans lequel ne figureraient plus les
activitŽs sur les effets biologiques des hautes dilutions. Dans l'esprit du
conseil, en effet, une partie importante du travail effectuŽ au sein de l'unitŽ
200 de l'INSERM est de bonne qualitŽ et n'est pas ˆ remettre en cause, alors
que les travaux sur les hautes dilutions (leurs liens avec l'homŽopathie, leurs
consŽquences mŽdiatiques et les multiples polŽmiques qu'elles n'ont cessŽ ces
derniers mois de nourrir) nuisent ˆ l'activitŽ principale de l'unitŽ et,
au-delˆ, ˆ l'image mme de l'institution. La dŽcision des membres du conseil
scientifique vise ainsi, selon eux, ˆ " calmer le jeu " en permettant
de rŽtablir un contrat sans ambiguitŽ entre l'unitŽ 200 et la direction de
l'INSERM. Dans ces conditions, que va dŽcider M. Lazar, le directeur gŽnŽral de
l'INSERM? Mme s'il n'a pas obligation de suivre les conseils des deux
instances consultatives qui se sont prononcŽes, il ne pourra pas les ignorer.
Sa position n'est pas simple dans la mesure o, quelle que soit sa dŽcision et
compte tenu du contexte on ne peut plus passionnel qui entoure cette affaire,
elle ne manquera pas de relancer la polŽmique.
En outre, M. Lazar aura ˆ rŽpondre ˆ un certain nombre de
questions embarrassantes : - A partir de quels arguments scientifiques sa
dŽcision aura-t-elle ŽtŽ prise? - Ne risque-t-on pas de l'interprŽter en termes
purement idŽologiques? Le fait mme que M. Lazar ait dŽcidŽ de tenir, mardi 11
juillet, une confŽrence de presse sur ce sujet confre ˆ cette affaire
dŽcidŽment hors du commun une dimension exceptionnelle. " Je ne peux pas
croire, nous a dŽclarŽ le docteur Benveniste, qu'il se trouvera en France des
universitaires pour suspendre un directeur d'unitŽ de recherche dont la
production scientifique est indŽniable. "
12 juillet 1989
CommuniquŽ de Philippe Lazar
La publication conditionnelle, par une grande revue scientifique
internationale, d'un article insuffisamment ŽtayŽ et le comportement pour le
moins surprenant de cette revue aprs cette publication - la dŽcision sans
prŽcŽdent d'organiser une visite de l'unitŽ par des reprŽsentants de la revue,
l'ŽtrangetŽ de la composition du comitŽ des visiteurs, le contenu dŽsobligeant
de la mise au point publiŽe consŽcutivement ˆ cette visite, les justifications
ultŽrieures douteuses de la revue sur ses motivations rŽelles - constituent des
circonstances attŽnuantes ˆ l'Žgard de l'Žquipe concernŽe de l'unitŽ 200 et de
son directeur.
12 juillet 1989
POINT DE VUE, Le rve interdit
J. Benveniste
Comme on pouvait le prŽvoir, la sagesse et le courage ont prŽvalu.
La dŽcision finale maintient l'U 200 dans son intŽgritŽ. Elle laisse aux
chercheurs leur droit le plus fondamental, la libertŽ de chercher, sans
laquelle il n'est pas de dŽcouverte possible. Je ne doutais pas de l'attitude
de Philippe Lazar sur ce point, mme si elle l'a conduit ˆ dŽsavouer
implicitement les conclusions, il est vrai arbitraires, de la CSS.2 (et,
semble-t-il, du conseil scientifique) interdisant sans raison un thme de recherche.
Rien lˆ que de trs normal. Il y a cependant deux conditions. D'abord consacrer
dŽsormais en prioritŽ ma rŽflexion ˆ rechercher les biais expŽrimentaux...
Qu'ai-je fait d'autre les annŽes prŽcŽdentes en informant le conseil
scientifique dont je faisais partie et la direction de l'INSERM de ces Žtranges
rŽsultats ? Qu'ai-je fait d'autre quand j'ai demandŽ leur aide aux
scientifiques franais les plus renommŽs et lorsque j'ai soumis, aprs sept ans
de travail et vŽrifications dans cinq laboratoires mondiaux, ces rŽsultats ˆ la
revueNature ? Qu'ai-je fait d'autre en acceptant le seul et unique scientifique
franais qui se soit prŽsentŽ, lui ouvrant mes livres, faisant avec lui les
vŽrifications nŽcessaires avec, bien Žvidemment, les mmes rŽsultats positifs ?
L'opinion publique doit savoir que, parmi les nombreux scientifiques qui crient
au dŽshonneur de la recherche franaise, pas un seul n'est venu dans le
laboratoire pour commenter scientifiquement ces rŽsultats scientifiques. Cela
indique que le dŽbat n'est pas, n'a jamais ŽtŽ, scientifique; il est partisan,
personnel, peut-tre Žconomique et surtout, surtout, thŽologique. Le plus
triste est que cette affaire va se terminer mal, dans la banalitŽ la plus
complte. Le phŽnomne que nous pensons avoir mis en Žvidence est maintenant
confirmŽ par deux Žquipes de l'INSERM (une avec nous, une en complte
indŽpendance), deux Žquipes nord-amŽricaines et une Žquipe soviŽtique. Il va
faire l'objet, ˆ l'automne, de plusieurs rencontres internationales. En fait,
son mŽcanisme parait trs simple et, une fois Žtabli, sera tellement Žvident
qu'on m'accusera sžrement de n'avoir rien dŽcouvert. Il reste que ses
consŽquences pratiques pourraient tre trs grandes, ouvrant un champ nouveau ˆ
la pharmacologie et, peut-tre, au diagnostic. Certaines des Žquipes Žtrangres
citŽes plus haut envisagent, avec des firmes pharmaceutiques, des essais sur
l'homme. La deuxime condition qui m'est imposŽe est l'absence de communication
avec les mŽdias. J'indiquerai seulement que, de 1985 (premire divulgation dans
la presse) ˆ 1988, je suis restŽ silencieux sous, parfois, un dŽluge
d'insultes. J'ai d'abord publiŽ avant de parler, et c'estNature qui, au lieu de
faire son travail d'Žditeur, a donnŽ un considŽrable retentissement mŽdiatique
ˆ l'intŽrieur et ˆ l'extŽrieur de la revue et a continuŽ depuis ce battage.
J'ai suivi. Qu'aurait-on dit si j'avais refusŽ d'expliquer ? Je l'ai toujours
fait, je crois, dans la dignitŽ et en prŽcisant ˆ chaque fois : " Si c'est
vrai... "Certes, j'ai parfois rvŽ : la clŽ dans la Seine, le poisson
ŽlectromagnŽtique. Je ne savais pas alors que les physiciens qui touchent ˆ
l'infini ont droit au rve et pas ces savants mous que sont les biologistes !
Maintenant, je le sais.
12 juillet 1989
Mise ˆ l'Žpreuve
J.-Y. Nau, F. Nouchi
Aprs avoir posŽ au grand jour le problme du pouvoir et du r™le
des revues scientifiques d'audience internationale, l'affaire de la "
mŽmoire de l'eau " soulve, aujourd'hui, celui des limites et des
ambiguitŽs de l'Žvaluation des activitŽs scientifiques. Un phŽnomne a priori
inexplicable peut-il tre pris en compte et jugŽ par des scientifiques qui
n'ont pas participŽ ˆ sa dŽcouverte ? L'affaire de la " fusion froide
" a montrŽ comment la communautŽ scientifique spŽcialisŽe pouvait procŽder
ˆ une Žvaluation et ˆ une vŽrification rapide de rŽsultats qui Žtaient d'emblŽe
apparus comme totalement impossibles. Avec la mŽmoire de l'eau, les choses sont
plus complexes et plus passionnelles. La perspective d'une validation thŽorique
des convictions homŽopathiques, les querelles entre diverses chapelles
immunologiques et mandarinales, mais aussi la personnalitŽ du docteur
Benveniste et les extrapolations qu'il avait faites, notamment dans nos
colonnes, au lendemain de ses premires observations avaient confŽrŽ ˆ cette
affaire une dimension hors du commun.
La polŽmique s'Žtait amplifiŽe avec le comportement des
responsables de la revue Nature , aujourd'hui sŽvrement critiquŽs par la
direction de l'INSERM, qui s'Žtait jusqu'ˆ prŽsent gardŽe de tout commentaire ˆ
leur sujet.
Un livre de M. Lazar
Coincidence ou non, le directeur gŽnŽral de l'INSERM Žvoque
longuement l'affaire Benveniste dans un livre ˆ paraitre (1). M. Philippe Lazar
s'y interroge notamment sur la validitŽ du systme d'Žvaluation en vigueur dans
l'institut qu'il dirige. Ce systme, dit-il, devrait thŽoriquement "
favoriser le choix d'orientations vŽritablement originales ". En principe,
ajoute-t-il, il est demandŽ aux commissions scientifiques chargŽes de juger les
laboratoires et de classer les chercheurs " de favoriser au maximum
l'Žmergence, ˆ l'initiative des individus comme des laboratoires, de travaux
vŽritablement innovants ". Mais, estime-t-il, " lorsqu'on sort des
sentiers battus, on prend de vŽritables risques, ˆ commencer par celui de ne
pas pouvoir rapidement publier des rŽsultats, et cela pour deux raisons. La
premire est que les voies nouvelles n'ont gure de chances, en rgle gŽnŽrale,
d'tre immŽdiatement productives; la seconde est qu'on ne trouve pas toujours
de grandes revues scientifiques prtes ˆ accepter sans arrire-pensŽe le pari
de l'originalitŽ vraie ". Ds lors, s'interroge M. Lazar, " comment
faire en pratique pour limiter les chances de laisser Žchapper des propositions
rŽellement innovantes ? Faut-il faire plus que de recommander clairvoyance et
audace aux instances d'Žvaluation ? J'ai l'intention, Žcrit-il, d'essayer de
mettre sur pied une procŽdure qui permettrait, ˆ titre expŽrimental, de
financer chaque annŽe, hors contingent, un petit nombre de projets reconnus ˆ
haut risque ".
L'initiative est intŽressante. Pourra-t-elle se concrŽtiser un
jour ?
L'Žvaluation des travaux effectuŽs au sein de l'unitŽ 200 de
l'INSERM a montrŽ ˆ quel point cet institut pouvait tre sensible ˆ l'image
qu'il entend donner de lui-mme. Quitte ˆ mettre un terme ˆ tout ce qui serait
deNature ˆ nuire ˆ cette image et, au-delˆ, ˆ celle de la recherche franaise.
A cet Žgard, l'affaire de la mŽmoire de l'eau - pour laquelle, plus d'un an
aprs les premires publications, on ne dispose encore d'aucune certitude
deNature scientifique - constitue un parfait rŽvŽlateur des difficultŽs que
peut rencontrer l'institution mŽdico-scientifique pour Žvaluer certains des
travaux menŽs en son sein. Dans ce contexte, la dŽcision du directeur gŽnŽral
pourra tre interprŽtŽe comme une forme de dŽsaveu des diverses Žvaluations
dont l'unitŽ 200 a dŽjˆ fait l'objet. Pour sa part, M. Lazar prŽfre parler de
" nuances " entre sa position et celle de son conseil scientifique.
" Un savant isolŽ n'a pas d'autoritŽ, explique-t-il, et la science est une
aventure collective qui doit vivre ˆ son rythme propre. " Loin de mettre
un terme ˆ la polŽmique, la dŽcision de M. Lazar d'attendre la fin de l'annŽe
pour renouveler ou non le docteur Benveniste dans ses fonctions et la mise ˆ
l'Žpreuve ˆ laquelle il le soumet ne feront que retarder l'issue du conflit
mme s'il parvient ainsi - par crainte ici des effets pervers de la
vulgarisation - ˆ Žloigner les mŽdias d'une affaire aussi passionnante que
dŽrangeante.
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(1) Cet ouvrage intitulŽ les Explorateurs de la santŽ sera publiŽ
chez Odile Jacob dŽbut septembre.
13 juillet 1989
DEBATS SCIENCES Recherche et vŽritŽ
Alfred Spira (directeur de lÕU. Inserm 192)
Les enjeux Žconomiques, sociaux et politiques de la recherche
mettent de plus en plus frŽquemment au premier plan, dans nos sociŽtŽs
hypermŽdiatisŽes, les chercheurs et la recherche. Cette Žvolution n'est pas
nouvelle. Mais alors que Champollion se battait d'abord ˆ l'AcadŽmie avant de
porter le dŽbat sur la place publique, c'est aujourd'hui l'inverse qui se
produit. Cela comporte d'importants risques de dŽrapage et, en dŽfinitive, de
limitation de la libertŽ des chercheurs. L'information circule en effet de
faon trs rapide, fragmentaire, entrainant parfois des prises de position qui
dŽpassent l'intention premire de leurs auteurs. Cependant, cette mŽdiatisation
est imposŽe aux chercheurs par les intŽrts et les enjeux des recherches.
L'Žvolution actuelle de l'affaire de la " mŽmoire de l'eau
" nous montre bien les dangers auxquels nous sommes confrontŽs. Au dŽpart,
on trouve le dŽsir de scientifiques, en dehors de tout esprit partisan,
d'appliquer des mŽthodes d'investigation modernes ˆ l'Žvaluation de
l'homŽopathie. Un essai contr™lŽ menŽ dans des conditions rigoureuses n'a
permis de mettre en Žvidence aucune diffŽrence entre l'homŽopathie et un
placebo, en mesurant sous l'effet de ces mŽdications le retour du transit
intestinal aprs des interventions chirurgicales abdominales. Dans le mme
temps, on a tentŽ de mesurer l'effet de hautes dilutions d'une protŽine sur un
systme cellulaire simple et maintenant classique, la dŽgranulation des
basophiles. Les premiers rŽsultats observŽs sont surprenants, puisque, ˆ des
dilutions o aucune molŽcule de la solution de dŽpart n'est plus prŽsente, un
effet biologique est encore observŽ, bien que de faon inconstante d'une
expŽrience ˆ l'autre. Ces rŽsultats font l'objet de multiples vŽrifications,
puis donnent lieu ˆ une annonce qui fit beaucoup de bruit dans les colonnes du
Monde, prŽcŽdant de peu la publication dansNature . Cette prestigieuse revue
scientifique hŽsitait depuis deux ans sur l'opportunitŽ d'une telle
publication. Ces rŽsultats sont d'ailleurs tellement incroyables (selon les
propres termes de l'Žditorial deNature , que, de faon inhabituelle, une
commission d'enqute est envoyŽe par la revue dans le laboratoire. Cette
commission ne comporte aucun spŽcialiste de la biologie cellulaire, mais, par
contre, un magicien, dŽtecteur expert s tricheries. Les conclusions de cette
commission sont peu claires, puisqu'elles nŽcessitent plus de place dans la
revue que l'article incriminŽ. Aucune tricherie n'a pu tre mise en Žvidence, et
les enquteurs laissent en rŽalitŽ pendantes la plupart des questions
scientifiques qui se posent. En tŽmoigne la trs abondante correspondance qui
sera publiŽe dansNature , mais Žgalement dans de nombreuses autres revues
scientifiques. Dans le mme temps, les mŽdias, qui ont ŽtŽ les premiers ˆ
rapporter ces rŽsultats, continuent ˆ longuement ouvrir leurs colonnes aux
diffŽrents protagonistes de l'" affaire ". De faon moins
spectaculaire mais tout aussi efficace, monte des milieux scientifiques Žtablis
une rŽprobation indignŽe des mŽthodes de communication utilisŽes, puis, et
c'est lˆ le plus important, du sujet de recherche lui-mme et de son principal
auteur. Finalement, fin 1988, l'attitude de l'establishment scientifique est
quasi unanime : " Jacques Benveniste dŽshonore la recherche scientifique
franaise. " Cela est trs gnant pour l'image internationale de notre
pays - n'avons-nous pas rŽcemment dŽcouvert le virus du sida ? - mais surtout
pour l'image des quelques rares Franais prŽtendants potentiels ˆ la
reconnaissance suprme tant convoitŽe, le prix Nobel. On peut dire que, ˆ
partir de lˆ, il ne s'agit malheureusement plus d'un dŽbat scientifique, mais
d'une volontŽ constante d'arrter une recherche en utilisant des mŽthodes
contraires ˆ la dŽmarche scientifique. Les rŽsultats sur les hautes dilutions
sont inexplicables ? Essayons de les expliquer ! Les chercheurs se sont
trompŽs, on nous a trompŽs ? Donnons-nous les moyens de le montrer ! N'est-il
pas, dans ces conditions, du premier devoir des gestionnaires de la recherche
de mettre en oeuvre tous les moyens nŽcessaires pour faire apparaitre la vŽritŽ
scientifique ? N'est-il pas du premier devoir des chercheurs de consacrer une
partie de leur prŽcieux temps ˆ Žlucider cette nouvelle Žnigme qui leur est
posŽe, dans la mesure bien entendu o leurs outils de travail s'y prtent un
tant soit peu ? C'est personnellement ce que j'ai dŽcidŽ de faire depuis un an.
Il faut Žlucider le problme qui nous est posŽ, celui de la transmission
possible de l'information par des supports non molŽculaires. Il faut en mme
temps permettre ˆ la recherche scientifique de se protŽger, comme elle l'a
toujours fait, de toutes les tentatives faites pour lui imposer ses Žvolutions,
les voies de recherche qui sont autorisŽes et celles qui ne le sont pas.
Les erreurs scientifiques sont plus frŽquentes que les grandes
dŽcouvertes, et nous sommes peut-tre encore une fois confrontŽs ˆ une erreur.
Il n'est cependant pas dans la logique de la recherche d'abandonner un problme
au milieu du guŽ. La responsabilitŽ des chercheurs eux-mmes est de se donner
les moyens de connaitre la vŽritŽ. Lorsqu'un chercheur pose des questions qui
remettent en cause les savoirs Žtablis, il fait son travail, tout son travail.
Vouloir l'empcher de poursuivre ses investigations alors qu'on n'a pas
dŽmontrŽ qu'il Žtait dans l'erreur est une limitation indŽfendable de sa
libertŽ, de notre libertŽ.
Je continuerai donc ˆ travailler avec Jacques Benveniste tant que
nous n'aurons pas dŽmontrŽ que ses rŽsultats sont faux ou exacts.
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