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Robert Debré est né
à Sedan le 7 décembre 1882. Il a mené ses
études secondaires à Paris, au lycée Janson de
Sailly. Il entreprend d’abord des études supérieures
à la faculté des lettres de Paris, en sections
littéraire et philosophique (1900). Il se tourne ensuite vers la
médecine* et suit les enseignements de la faculté de
médecine de Paris. Il décide alors de devenir
médecin d’enfants.
*
« Ce fut un besoin puissant de quitter les livres pour les hommes
et la pensée pour l’action » (Robert Debré.
L’honneur de vivre. Mémoires. Hermann, Paris, 1996, 500p.)
Nommé interne des hôpitaux de Paris en 1906, il devient
l’élève du professeur Antoine Marfan à
l’hôpital des Enfants-Malades puis du professeur Arnold Netter,
à l’hôpital Trousseau, qui jouera un rôle essentiel
dans sa formation médicale.
Docteur en médecine en 1911, sa thèse porte sur le
traitement de la méningite cérébrospinale par le
sérum antiméningococcique mis au point par Simon Flexner
à l’Institut Rockefeller à New York.
Nommé chef de laboratoire à l'hôpital Trousseau
puis chef de clinique à la faculté de médecine de
Paris en 1912.
Suit l’enseignement de bactériologie de l’Institut Pasteur et
sera l’élève d'Emile Roux, de Maurice et Charles Nicolle
et d'Albert Calmette.
En 1914, il est mobilisé comme médecin-lieutenant dans un régiment d'artillerie.
Il est chargé de la direction de l'Institut d'hygiène et
de bactériologie de la faculté de Strasbourg en 1918. Il
refuse la chaire de bactériologie de Strasbourg qui lui est
proposée et rentre à Paris en 1920, considérant
que son métier est de soigner les enfants.
Agrégé de la faculté de médecine de Paris,
médecin des hôpitaux de Paris (1920), il est nommé
à la tête d’un important service de l’hôpital des
Enfants-malades où il prend la succession d’Antoine Marfan. Il
définit sa méthode de travail et commence de fonder son
école. Il se consacre aux petits tuberculeux et participe avec
Albert Calmette aux premiers essais cliniques du BCG.
Afin de parer aux risques de la contagion mère enfant, il
crée, avec son confrère Léon Bernard, une œuvre
assurant l'élevage des nourrissons à la campagne à
l'abri des risques de contagion liés à leur origine
familiale.
Cette action de santé publique le conduit alors à
participer aux travaux du Service d'hygiène de la
Société des Nations fondée par le dr. Ludwig
Rajchman dont sortira au lendemain de la Seconde Guerre mondiale le
Fond des Nations Unies de Secours à l'Enfance (UNICEF).
Professeur de bactériologie clinique à la faculté
de médecine de Paris, il est élu, en 1933, membre de
l'Académie nationale de médecine et nommé
professeur à la faculté de médecine.
En 1940, il est nommé professeur à la chaire de clinique médicale des Enfants-malades.
Soumis au statut des juifs élaboré par le gouvernement de
Vichy, il est écarté de ses activités
hospitalières et universitaires. Pendant l’occupation, il
participe de diverses façons à la Résistance,
notamment au sein du Comité médical de la
résistance. En 1943, il est contraint à la
clandestinité. Il rédige un projet résultant de la
réflexion commune des membres du Comité dont les
idées recevront leurs applications après la
Libération : création du ministère de la
population, de l’Institut national d’études
démographiques (INED), de la lutte contre les fléaux
sociaux et de la réforme hospitalière et universitaire
(réforme Debré).
En juin 1944, il dirige le service de santé des Forces
françaises de la région parisienne et participe à
la libération de Paris.
À la Libération, il est président du comité
technique de l'Institut national d’études démographiques
(INED) et garde cette fonction jusqu'à sa mort. Il anime
également les travaux du Haut comité de la population et
de la famille mis en place par le Général de Gaulle.
En 1946, il est nommé président du conseil
d'administration, puis du conseil scientifique de l'Institut national
d'hygiène (INH)
La même année, avec l’aide des Etats-Unis, le Dr Ludwig
Rajchman crée le Fonds des Nations Unies de secours à
l’enfance (UNICEF). Robert Debré en est le représentant
français et en devient un des membres les plus actifs.
En 1949, il crée le Centre international de l'enfance, fondation
qui a pour objet de favoriser dans les différents pays du monde
l’étude des problèmes qui touchent à l’enfance, la
diffusion des notions d’hygiène et de puériculture et la
formation technique des personnels spécialisés.
Au début des années 1950, Robert Debré,
après de longs efforts, voit s’ériger la nouvelle
clinique des Enfants malades, service moderne dans lequel
fonctionneront de manière harmonieuse et complémentaire
un centre de soins aux enfants, une structure d’enseignement aux
étudiants et des laboratoires de recherche.
En 1956, il est nommé président du comité
interministériel pour la réforme des études
médicales mis en place par le ministre de l’éducation
nationale René Billières. Il travaille avec Jean Dausset,
auprès des ministères de la Santé et de
l’Enseignement supérieur, pour l’élaboration de la
réforme des études médicales.
(Jean Dausset et Robert Debré)
Le 30 décembre 1958, le général de Gaulle signe
l’ordonnance relative à la création de centres
hospitaliers et universitaires (CHU), à la réforme de
l’enseignement médical et au développement de la
recherche médicale.
Robert Debré est élu membre de l'Académie des sciences en 1961.
Il décède en 1978.
Titres et fonctions diverses
Président de la Société médicale des
hôpitaux de Paris, membre de l'Assemblée de l'Institut
Pasteur, membre du comité consultatif des universités,
membre du comité consultatif médical de la direction des
relations culturelles, membre du conseil permanent d'hygiène
sociale, membre du conseil d'administration, puis du conseil
scientifique de l'Institut national d’hygiène (INH).
Œuvre scientifique
Avant de devenir le pédiatre exceptionnel et le fondateur de
l'École de pédiatrie française, Robert
Debré avait d’abord été formé à la
bactériologie et à l’immunologie. Il avait, au
début de sa carrière, consacré de nombreux travaux
importants aux maladies infectieuses. Il fut ainsi l’instigateur de la
prévention de la rougeole par le sérum de convalescent.
Il démontra, avec Gaston Ramon, la valeur de la vaccination par
l'anatoxine antidiphtérique et fut à l'origine de la
pratique des vaccins de rappel.
Il s’était intéressé de très près
à la tuberculose de l'enfant et démontra avec Marcel
Lelong que cette maladie n'était pas héréditaire
mais se transmettait par contagion. Il établit alors les
principes de la prophylaxie de la tuberculose du petit enfant issu de
femme tuberculeuse.
Ardent partisan de la vaccination par le BCG, il poursuivit des
recherches fondamentales sur la réaction immunitaire au cours de
la tuberculose. De ses observations découla la pratique de
répétition de l'épreuve tuberculinique ou
cuti-réaction découverte par le pédiatre Clemens
von Pirquet.
Robert Debré est également l'homme qui a pressenti le
grand virage de la médecine vers la biologie en introduisant la
recherche à l'hôpital. Au milieu des années 1930,
grâce à l'aide du gouvernement français et au
soutien des fondations nord-américaines (Josiah Macy,
Rockefeller), il entreprend d'installer des laboratoires dans le projet
de la nouvelle clinique pédiatrique de l'hôpital des
Enfants malades. Ces activités scientifiques prendront une
remarquable extension au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Ainsi, il envoie l'un de ses internes, Alexandre Minkowski, s'initier
aux techniques modernes de la périnatalité
pratiquées aux Etats-Unis. Il installe aux Enfants malades les
laboratoires de deux de ses élèves, Georges Schapira et
Jean Frézal, qui vont faire de la clinique pédiatrique le
berceau de la biochimie, puis de la génétique
médicale en France.
La découverte de médicaments chimiques actifs contre la
tuberculose, notamment celle de la streptomycine par Waksman aux
États-Unis en 1943, va constituer un progrès
considérable. Robert Debré, avec une aide de la Fondation
Rockefeller, lance en 1948 un protocole expérimental utilisant
la streptomycine qui avait fait précédemment l’objet
d’essais cliniques concluants aux États-Unis. Sa plus grande
réussite fut la guérison, en 1951, avec Jean Bernard,
d’un cas de méningite tuberculeuse par cet antibiotique. Robert
Debré proposera avec HE Brissaud, sous le nom de
chimioprophylaxie, le traitement systématique de toute
tuberculose primaire, même si celle-ci ne se traduisait pas par
des signes évidents.
Il travailla également sur les maladies virales comme la
poliomyélite et décrivit, notamment, en 1950, la maladie
des griffes du chat. Il contribua avec son élève, Pierre
Royer, au développement de la néphrologie
pédiatrique.
Robert Debré est signataire de nombreuses publications (environ 250).
Sélection des principales publications
- Debré R. La maladie des griffes du chat. Mars Med 87 : 375-8, 1950.
- Debré R, Lamy M, Jammet ML, Costil L, Mozziconacci P. La maladie des griffes du chat. Sem Hop 26 : 1895-904, 1950.
- Debré R Traitement de la tuberculose aiguë de l’enfant
par la streptomycine; bactériologie. Rev Clin Pediatr 48 :
395-8, 1950.
- Debré R, Mozziconacci P, Brissaud HE, Kaplan S, Bouveau G.
Traitement de la tuberculose de l’enfant par la streptomycine. Union
Med Can 79 : 1246-9, 1950.
- Debré R. The indications for streptomycin and
para-aminosalicylic acid in primary tuberculosis in children. Proc R
Soc Med 44:1067-8, 1951.
- Debre R. L’organisation mondiale de la santé et l’enfant. Presse Med 59 : 663-4, 1951.
- Debré R, Herzog F, Guerin JC. Traitement de la coqueluche par
le sérum de patients hyperimmunisés (555 cas). Arch Fr
Pediatr 8 : 501-13, 1951.
- Debré R, Thieffry S. Le syndrome de Guillain-Barré chez
l’enfant ; rapport sur 32 cas. Arch Fr Pediatr 8 : 357-64, 1951.
- Debré R, Van Bogaert L, Thieffry S, Arthuis M. Complications
neurologiques de la maladie des griffes du chat. Bull Acad Natl Med 136
: 454-9, 1952.
- Debré R, Brissaud HE, Noufflard H, Naveau M.
L’isonicotinylhydrazine dans le traitement de la méningite
tuberculeuse de l’enfant. Bull Mem Soc Med Hop Paris 68 : 1072-8, 1952.
- Debré R, Mozziconacci P. Méningite à Hemophilus influenzae. Rev Prat 3:1101-3, 1953.
- Debré R, Leclainche X, Thieffry S. The place of hospital
establishment for acute poliomyelitis in general organization of
hospitals in the country. Arch Belg Med Soc 12: 414-21, 1954.
- Debré R, Leclainche X, Thieffry S. Poliomyélite ;
hospitalisation des patients en phase aiguë. Concours Med 76 :
3599-605, 1954.
- Debré R, Thieffry S. Symptomatology and diagnosis of poliomyelitis. Monogr Ser World Health Organ 26:109-36, 1955.
- Debré R, Royer P, Lestradet H, Straub W. Insuffisance
tubulaire congénitale avec retard mental, cataracte et glaucoma
(syndrome de Lowe). Arch Fr Pediatr 12 : 337-48, 1955.
- Debré R. Systemic treatment of primary tuberculosis. N Engl J Med 255: 794-8, 1956.
- Debré R, Brissaud HE. Present method and results of treatment
of tuberculous meningitis. Am Rev Tuberc 74(2 part 2): 221-4, 1956.
- Debré R. Systematic treatment of primary tuberculosis. Am Rev Tuberc 74(2 part 2): 191-6, 1956.
- Debré R, Schapira F, Dreyfus JC, Schapira G, Frezal J, Labie
D, Lamy M, Maroteaux P. Genetics of haemochromatosis. Ann hum genet 23:
16-30, 1958.
- Debré R, Marie J, Royer P, Leveque B, Kaplan L. Pronostic
à long terme du syndrome néphrotique de l’enfant. A
propos of 193 cas. Ann Pediatr (Paris) 36 : 63-76, 1960.
- Debré R, Celers J, Drouhet V. Vaccination
antipoliomyélitique par voie orale avec le vaccin vivant
atténué (souches Sabin) à partir de l’âge de
3 ans. CR Hebd Séances Acad Sci 254 : 195-9, 1962.
- Debré R.he teaching of pediatrics and the role of the
pediatrician in developing countries. Adv Pediatr 12:227-48, 1962.
- Debré R Correlation between the teaching of medicine and human biology. J Mt Sinai Hosp NY 34: 280-4, 1967.
- Debré R, Levy FM. Immunization schedules. Br Med J 4: 805, 1970.
- Debré R, Perdrizet S, Lotte A, Naveau M, Lert F. Isoniazid
chemoprophylaxis of latent primary tuberculosis: in five trial centres
in France from 1959 to 1969. Int J Epidemiol 2: 153-60, 1973.
Ouvrages et allocutions
- Debré R. Médecine, santé publique, population. Editions du médecin français, Paris, 1944.
- Debré R. Des Français pour la France. En collaboration avec Alfred Sauvy. Gallimard, Paris, 1946.
- Debré R, Lelong M. Pédiatrie, tomes 1 et 2. Flammarion, Paris, 1952.
- Debré R. Mise au point à propos de la réforme
des études médicales et des structures
hospitalières. Bull Acad Nat Med, 123e Année, 3e
Série. Tome 143, n°13 et 14 : 278-81. Masson, Paris , 21
avril 1959.
- Debré R. Louis Pasteur Vallery-Radot (1886-1970). Allocution
à l'Académie de médecine, 3 juin 1971.
- Debré R. L'honneur de vivre. Témoignage. Stock Hermann, Paris, 1974 (nouvelle édition, 1996).
- Debré R, Wolff E. Hommage à Claude Bernard, à
l’occasion du centenaire de sa mort. Comptes Rendus de
l’Académie des sciences, Paris, 10 février, 1978.
Publications sur Robert Debré
- Wolff E., Robert Debré ou l'honneur de vivre. Revue des deux mondes, septembre 1974.
- Dausset J. Notice nécrologique de Robert Debré. Comptes Rendus de l’Académie des sciences, 1978.
- Debré M. Mon père ou l'honneur de vivre. Revue des deux mondes, juin 1978.