Pierre Grabar (1898-1986)
Biochimiste
français d'origine russe né à Kiev (Ukraine, Russie),
le 10/09/1898. Son père, Nicolaï, est un haut magistrat ; sa mère
est née baronne Elisabeth de Prittwitz.
Etudes au lycée privé Naoumenko, réputé
pour l'étude des langues anglaise, allemande et française.
1916 Est envoyé au front, en Galicie, en qualité d'aide sanitaire,
puis rentre à Kiev au bout de trois mois pour s'inscrire à
l'Ecole polytechnique dans la section agronomie.
1917-1921 Entre comme élève officier à l'Ecole des
Pages de l'Empereur, à Saint-Petersbourg. Lors de la Révolution,
il participe à la guerre civile, est arrêté et condamné
à mort. Parvenant à s'enfuir, il se réfugie au Danemark,
où il travaille dans une ferme.
1921-1922 Rejoint la France pour s'installer avec quelques camarades d'exil
dans une ferme abandonnée, près de Nice. Il y pratique l'élevage
de poules, mais, rapidement, l'exploitation est décimée par
une épidémie aviaire.
1922-1924 Entre comme boursier à l'Ecole des Hautes Etudes industrielles
de Lille, dans la section de chimie. La bourse ne suffisant pas, P. Grabar
travaille la nuit au laboratoire des mines d'Ostricourt.
1924-1926 Devenu diplômé ingénieur-chimiste, entre
comme chef de fabrication dans une usine d'engrais près d'Arras.
1926 Devient chef de laboratoire à la Clinique médicale B
de la faculté de médecine de Strasbourg. Sous la direction de
L. Blum et en collaboration avec C. van Caulaert, il étudie le syndrome
d'azotémie par manque de sel, qu'il parvient à reproduire expérimentalement
chez le chien et le lapin.
1929 Obtient sa naturalisation française.
1930 Soutient sa thèse de doctorat ès sciences de l'université
de Strasbourg sur L'équilibre sanguin entre les chlorures et l'urée
et sa signification physiologique.
1930-1936 Est nommé assistant de M. Nicloux à la chaire de
chimie biologique de la faculté de médecine de Strasbourg. S'intéressant
aux problèmes de filtration rénale, il met au point des méthodes
de préparation de membranes de porosité graduée permettant
de réaliser des "ultrafiltrations fractionnées". Entre 1935
et 1938, il utilise cette méthode pour déterminer la dimension
de divers virus, bactériophages et enzymes, et effectuer certaines
séparations de substances biologiquement actives comme les toxines
microbiennes.
1932 Effectue un stage, comme boursier de la Fondation Rockefeller, d'abord
en Angleterre, sous la direction de Henry Dale, puis au Laboratoire Carlsberg
au Danemark, sous la direction de Sorensen.
1935 Lauréat du Prix Nicloux de la Société de chimie
biologique.
1936-1937 Suit le cours de microbiologie de l'Institut Pasteur et, à
la suite d'un entretien avec J. Bordet, entre
à l'Institut Pasteur.
1937-1938 Grâce à une seconde bourse de la Fondation Rockefeller,
et sur les conseils de A. Boivin, il effectue un stage sur la purification
des anticorps dans le laboratoire de Michael Heidelberger, à la Columbia
University (New York).
1938 Visite différents laboratoires de la côte Est des Etats-Unis,
et fait un stage dans la station maritime de Woods Hole. Accompagne L. Martin, à
Montréal, au Canada, à l'occasion du cinquantenaire de la fondation
de l'Institut Pasteur.
1938-1946 Nommé chef de laboratoire à l'Institut Pasteur.
Il y entreprend des recherches sur les constituants des microorganismes par
l'emploi de l'électrophorèse en veine liquide et par celui
des ultrasons dont il étudie le mécanisme d'action, avec ses
collaborateurs, Rouyer et Prudhomme. Mais, rapidement, l'essentiel de ses
recherches se concentre sur le développement de méthodes immunochimiques,
domaine dont il est le pionnier en France. De nombreux élèves
et stagiaires étrangers viennent se former en immunochimie à
ses côtés.
09/1939-09/1940 Mobilisé à l'Institut Pasteur dans le service
du M. Weinberg,
où il est chargé de la production des vaccins et des sérums
pour l'armée. Pendant la débâcle, il a mission d'évacuer
la collection de microbes de l'Institut Pasteur dans la propriété
d'A. Lwoff, à Banyuls. En septembre, il rejoint sa famille en Vendée,
puis rentre à Paris.
1942 Publie, chez Hermann, une monographie sur L'ultrafiltration fractionnée.
Obtient le grade de docteur ès sciences naturelles à la Sorbonne.
1944 Lauréat du prix Janssen de l'Académie nationale de médecine
et lauréat du prix Bréant de l'Académie des sciences.
Autre prix obtenu dans cette même académie : Freycinnet, 1958.
1946 Est nommé chef du service de chimie microbienne, à l'Institut
Pasteur (Paris).
1947 Fait paraître, chez Desoer, une monographie sur Les globulines
du sérum sanguin.
1952 Elabore, en collaboration avec C.A. Williams, une méthode connue
sous le nom d'analyse immuno-électrophorétique, qui permet
d'analyser de manière précise des mélanges très
complexes d'antigènes. Dès la première application de
cette méthode à l'analyse du sérum sanguin humain, il
parvient à déceler dans le sérum plus de 30 constituants
indépendants, alors que l'électrophorèse en veine liquide
ou sur papier ne permettait d'isoler que 5 ou 6 groupes de protéines.
La méthode est rapidement utilisée dans de nombreux laboratoires
médicaux pour des besoins de diagnostiques.
1953 Lors du congrès de microbiologie de Rome, envisage l'existence
d'autoanticorps. Mais ce nouveau concept ne reçoit que peu d'échos
favorables dans la communauté scientifique.
1954 Elu président de la Société de chimie biologique.
Est fait chevalier de la Légion d'honneur. Promu officier en 1964.
1956 Entreprend, sur proposition de la direction de l'Institut Pasteur
et de l'European Brewery Convention, des recherches sur les protéines
de l'orge et du blé ainsi que sur certains constituants de la bière
provenant de l'orge.
1958 Lauréat du Prix international E. von Behring en immunologie.
1960 Publie, chez Masson, en collaboration avec Pierre Burtin, une monographie
sur L'analyse immuno-électrophorétique. Entre 1963 et
1968, l'ouvrage est traduit en langue anglaise, allemande, espagnole et russe.
1960 Devient directeur de l'Institut de recherches sur le cancer du CNRS,
à Villejuif.
1963 Lauréat du Gairdner Award.
1969 Nommé chef de service honoraire à l'Institut Pasteur.
Est élu membre de l'Académie nationale de médecine.
1977 Lauréat de la médaille d'or Robert Koch.
28/01/1986 Décès.
Publications en collaboration avec : A. Aschkenasy, H. Augier, S. Avraméas,
M. Badillet, B. Benaceraff, N. Benhamou, J. Bernard, G. Biozzi, Bilbao, L.
Blum, P. Borgeaud, E. Bourland, J. Bretey, S.V. Boyden, P. Burtin, A. Bussard,
Scheidegger, P. Chateaureynaud-Duprat, V. Chorine, H. Cleve, P. Corvazier,
J. Courcon, O. Croissant, J. Daussant, D. Dervichian, C. Devillier, W.J. Elford,
L. Emerique, A. Eyquem, R. Fauvert, J.D. Ferry, W. Fischer, J. Gallut, J.-
P. Giroud,
J. Giuntini, H.C. Goodman, B. Halpern, L. Hartmann, P. Hillion, G. Hornus,
M. Kaminski, A. Koutseff, H. Heidelberger, C. Lapresle, F. Layani, E. Lemétayer,
P. Lépine,
J. de Loureiro, J.F. Loutit, C. Levaditi, S.
Lovenson, J. Lewin, J. Loiseleur, M. Macheboeuf, J.
Mauze, J. Morel, M. Nicloux, S. Nikitine, J. Nordmann, J. Oudin, G. Perrin,
R.O. Prudhomme, M. Raynaud, E. Relyveld,
A. Riegert, B. Robert, M. Rouyer, S. Schneierson, R. Schoen, M. Seligman,
A.-M. Staub, J. Stahl, H.P. Treffers, Thiers, R. Tixier, C. van Caulaert,
de Vaux Saint-Cyr, I. Voinovitch, J. Uriel, R. Wahl, J. Weill, K. Weinke,
C.A. Williams, P. Woringer.
Références biblio. :
- Courtois (Jean-Emile), "Eloge de Pierre Grabar (1898-1986)", Bulletin
de l'Académie nationale de Médecine, 170, n° 5, 1986.
- Grabar (Ludmila), Souvenirs sur son père, Pierre Grabar,
1993 (Archives Institut Pasteur, Bio.G1).
- Grabar (Pierre), Notice sur les titres et travaux de Pierre Grabar,
1976, 37 p.