BIOGRAPHIE DE
PHILIPPE LAUDAT (http://infodoc.inserm.fr/histoire)
Philippe Laudat naît en 1930. Docteur en pharmacie en 1959, il
entre alors à l'Institut
national d'hygiène (INH),
dans le service du Professeur Lucien de Gennes et oriente sa
carrière vers l'endocrinologie. En 1962, il crée un groupe
de recherche sur le métabolisme des lipides. Devenu directeur de
recherche, spécialiste de l'endocrinologie-nutrition et de la
neurologie-biochimie, dans le domaine pathologique, son travail le plus
important a trait à la maladie de Refsum.
En 1974, Philippe Laudat
est nommé directeur scientifique de l'Inserm auprès de Constant
Burg qui en est
le directeur général. Il crée les
conférences annuelles de Seillac qui rassemblent des
scientifiques de plus haut niveau.
Le 12 février 1979,
Philippe Laudat est nommé Directeur
général de l'Inserm. Il mobilisera son énergie de
chercheur et d'organisateur pour que l'Inserm confirme l'image
d'excellence déjà acquise au plan international. En1982,
Philippe Laudat démissionne de ses fonctions.
En 1985, il est élu
au Conseil exécutif de la Fondation européenne de la
science. En 1986, il est nommé Conseiller pour les affaires
médicales auprès du Ministre des affaires
étrangères.
Le 30 juillet 1987, la mort
interrompt brutalement son œuvre.
Le Matin
10 janvier 1981
RECHERCHE MEDICALE : DOUZE
SECTEURS PRIORITAIRES CETTE ANNEE
La santé publique et la
biotechnologies seront privilégiées à l'Inserm
Douze secteurs de
recherche seront privilégiés cette année à
l'Inserm a annoncé hier Philippe Laudat, directeur
général de cet organisme. L'effort sera
particulièrement accentué pour la santé publique et
la biotechnologie, l'immunologie et le médicament. Enfin,
l'Inserm développera la recherche clinique, celle qui est faite
au lit du malade, et qui reste la parente pauvre de la recherche
médicale en France.
Les mots cancer, maladies
cardio-vasculaires, affections ostéo-articulaires (rhumatismes)
ne figurent pas dans les secteurs privilégiés pour 1981.
« Cela ne veut pas dire qu'ils ne doivent pas rester une
préoccupation majeure et constante des chercheurs », dit
Philippe Laudat.
« Mais ces mots ne
doivent pas suffire, à eux seuls, à justifier des
financements priviIégiés. Chacun d'eux recouvre en effet
une série de recherches très diverses. L'effort qui sera
fait dans onze secteurs privilégiés devra concourir
à l'innovation dans ces trois grands domaines qui
représentent les principales causes de mort et de maladie pour
les Français. »
Aliments et nutrition,
biologie cellulaire et moléculaire, biotechnologie, immunologie,
médicament, physicochimie des biosystèmes, recherche
clinique, régulation de processus physiologiques et
pathologiques, reproduction et développement, santé
mentale et neurosciences, santé publique, administration de la
recherche : ces douze secteurs ont été retenus, au terme
d'une réflexion menée par le conseil scientifique,
assisté de différents groupes de travail. C'est parmi eux
que seront répartis les 55 nouveaux postes de chercheurs et les
35 nouveaux postes d'ingénieurs, techniciens et administratifs
créés cette année. Ils bénéficieront
aussi de l'effort financier qu'autorise l'augmentation du budget de
l'Inserm pour 1981 (+ 21,7 %).
L'effort sera
particulièrement accentué pour la santé publique (+
88 % en contrats de recherche et + 29 % en crédits de
fonctionnement), ce qui répond à une demande du
ministère de la Santé, et en biotechnologie (doublement
des contrats et augmentation de 29 % des crédits de
fonctionnement), un secteur peu développé
jusque-là et dont le Gouvernement a fait un objectif
prioritaire. Le médicament (également une priorité
du Gouvernement) est bien placé (+ 59 % pour le financement des
contrats). L'immunologie, secteur déjà important,
reçoit encore une forte impulsion (+ 42 % en fonctionnement et +
35% en contrats de recherche), alors que la santé mentale (+ 29%
en fonctionnement) ne voit pratiquement pas augmenter ses contrats.
Du côté de la
recherche clinique, l'accroissement est d'autant plus spectaculaire
qu'il n'y avait pas grand chose jusqu'à présent. Mais
Philippe Laudat a précisé son intention de poursuivre le
redressement dans ce secteur.
Sur le plan administratif,
le directeur de l'Inserm a annoncé une opération de
décentralisation qui sera terminée à la fin de
l'année et la création d'une « cellule de
valorisation de la recherche » chargée de prospecter, dans
les laboratoires, les travaux qui peuvent conduire prochainement
à une innovation.
Du côté des
chercheurs, les orientations retenues pour 1981 suscitent des
protestations : les syndicats s'inquiètent de voir l'Inserm
aligner ses objectifs sur ceux du Gouvernement, qui privilégie
les secteurs à retombée industrielle, et ils redoutent
que des pressions s'exercent sur les chercheurs pour les contraindre
à se reconvertir dans des secteurs prioritaires, au
détriment d'un développement harmonieux de la recherche.
Ils dénoncent le blocage des carrières des
ingénieurs et techniciens et le déclassement d'un grand
nombre.
L'Inserm PREPARE UNE REVOLUTION
Grâce aux
orientations du VIIII Plan qui mettent l'accent sur le
développement de la recherche, l'Inserm envisage maintenant
l'avenir avec un réel optimisme.
Avec quelque 3 400
employés, dont plus de 1200 chercheurs, un budget qui
s'élève pour cette année à 751 millions de
francs, l'Inserm s'impose en leader incontesté et incontestable
dans le domaine pluridisciplinaire de la recherche médicale, une
fonction phare qui contraint l'organisme à produire à un
rythme relativement soutenu des résultats positifs tangibles.
D'autant que la concurrence
étrangère américaine japonaise ou britannique,
aiguisée par un potentiel matériel sophistiqué et
abondant, fait rage.
C'est le bilan de deux
années d'activités, tant au niveau de la
coopération restreinte entre les différents centres de
recherche de l'organisation interne de l'Inserm qu'au niveau des
résultats purement scientifiques, que vient de dresser le Dr
Philippe Laudat, directeur général de l'Inserm, en
compagnie du Dr Pierre Douzou, président du conseil scientifique
de l'Inserm (celui-là même qui a mené à bien
le « Livre blanc » de la recherche, base de débat
pour le Gouvernement dans ce domaine lors des discussions du
VllIè Plan).
Un bilan de fonctionnement
et un bilan scientifique qui conduisent immédiatement à
des perspectives pour les dix prochaines années, porteuses de
promesses sur le plan médical, puisque la biologie cellulaire
devrait conduire à une véritable révolution, aussi
bien au niveau diagnostique que thérapeutique.
Philippe Laudat a
dressé le bilan des activités de l'Inserm en toute
humilité. L'actuel directeur, à la tête de la
gestion de l'établissement depuis deux ans, a avoué les
« promesses non
tenues ».
Le saupoudrage, c'est
fini !
Il y a deux ans, en effet,
devant le foisonnement des organismes de recherche et d'instances
privées et publiques religieusement cantonnées dans leurs
domaines respectifs de recherche et vivant dans une stricte autarcie, un
décloisonnement indispensable et imminent avait été
envisagé comme prioritaire. C'était compter sans la
rigidité des structures en place. Le décloisonnement
devait voir le jour, mais partiellement, entre l'université et
le monde médical. Si des postes d'accueil ont bien
été créés pour les universitaires à
l'intérieur des hôpitaux, l'espoir d'une
réciprocité s'est envolé au fil des mois.
Entre recherche publique et
recherche industrielle, le lancement de contrats triangulaires (Inserm,
entreprise privée, entreprise publique) s'est peu à peu
transformé en de trop rares réalités. Depuis
janvier 1980, un chercheur du secteur privé a le loisir de
travailler trois années durant dans le secteur public avant de
réintégrer son entreprise première. Seuls 14
chercheurs de haut rang sont ainsi passé, l'an dernier, du
secteur industriel au secteur public,
Enfin des programmes de
recherche coordonnée dans le domaine du génie biologique
et médical ont pu être réalisés entre les
« ennemis », jadis jurés, privé et public.
Sur 320 programmes de
recherche reçus à l'Inserm à la suite d'un appel
d'offres lancé en juin dernier, 50 sont mixtes.
Cellule de valorisation
Une coopération qui
a le mérite d'aller plus loin que la simple osmose entre
organismes privés et publics en France, puisque la
coopération internationale se développe enfin elle aussi.
Vingt et un pays sont concernés par des programmes
déterminés, pour 73 demandes de contrats de recherche
coordonnée. « L'époque du "saupoudrage", qui nuit
à l'efficacité, est terminée » a conclu sur
ce point Philippe Laudat.
Le Gouvernement qui a
choisi d'encourager la recherche, dans l'élaboration du
VIllè Plan, ne pouvait faite moins que de revaloriser de
façon conséquente, inflation oblige, le budget de
l'Inserm qui progresse de près de 21 % par rapport à
celui de l'an dernier Cinquante-cinq postes de chercheurs seront
créés cette année. Compte tenu des départs
à la retraite et autres mutations, 120 postes seront à
répartir suivant les 11 secteurs privilégiés
(immunologie, santé publique, médicament, aliment et
nutrition ... ), avec comme préoccupation constante pour les
chercheurs le progrès à accomplir dans le traitement et la
connaissance des cancers, des maladies ostéo-articulaires et
cardiovasculaires, qui ne constitueront pas des domaines de recherche
particuliers à l'Inserm. Un secteur sera particulièrement
sujet à financement, celui de la recherche clinique.
Un nouvel appel d'offres de
programmes sera d'ailleurs lancé le mois prochain, tandis qu'un
nouvel organigramme de l'Inserm se mettra, en place, destiné
à assouplir les structures internes de l'établissement.
Enfin, innovation non
négligeable, une cellule de valorisation de la recherche
médicale se mettra en place qui aura pour tâche unique et
primordiale la communication à tous les chercheurs des
progrès accomplis pour mettre un terme à la «
confidentialité » actuelle des découvertes
françaises.
Biologie
moléculaire et cellulaire
En matières de
découvertes, il y a, pour le public, de quoi rêver. Les
propos de Pierre Douzou ont été optimistes à
souhait. A l'honneur : la recherche cellulaire. La cellule va peu
à peu constituer l'équivalent du tube " à essai "
a-t-il annoncé, une cellule que l'on va pouvoir isoler,
maintenir en survie, exploiter. La cellule sera, d'ici a une dizaine
d'années, le lieu privilégié de l'exploration
grâce à l'utilisation des fibres optiques, des
micro-systèmes d'investigation, des micro-injections, des
sondes, grâce à toutes une technologie instrumentale qui
commence de relever et relèvera de plus en plus de la
spectrométrie, de l'électronique, de l'informatique. La
miniaturisation des techniques d'investigation permettra
d'étudier des activités métaboliques ou
hormonales, de doser des récepteurs, dans des cellules
isolées. La technique de la micro-injection de molécules
biologiques ou de gènes purifiés sera profitable, par
exemple à la virologie.
En endocrinologie, les
principaux problèmes posés par la nutrition, les maladies
métaboliques, le contrôle de la croissance de l'individu
seront en partie résolus par la connaissance approfondie des
régulateurs d'hormones.
La biologie
moléculaire permettra aussi de comprendre mieux la biologie de la
reproduction et du développement du fœtus humain dans son
milieu, des échanges entre la mère et le fœtus.
" Le cancer lui même
prend un nouvel éclairage " a insisté Pierre Douzou,
puisque la cellule maligne devient un outil pour les chercheurs. Des
bactéries sont programmées de façon à
produire ensuite des substances indispensables comme l'insuline ou
l'interféron. L'étude de la cellule autorisera la
connaissance de l'individu dans son développement
intégral, de sa conception à sa mort, a poursuivi le
directeur général de l'Inserm. Le phénomène
du vieillissement a son origine dans la conception de la cellule
initiale, à la naissance. La reconnaissance de
phénomènes réversibles et de
phénomènes irréversibles, catalogués,
répertoriés, permettra d'agir sur les
phénomènes réversibles et de freiner les
phénomènes non réversibles.
Ce pouvoir de
régulation de la cellule aura le même rôle
prépondérant en immunologie, en neurologie, autant de
spécialités qui au niveau de la recherche, du moins, se
trouveront décloisonnées.
Humanisation des actes
médicaux
Le médicament
lui-même sera produit par des cellules bactériennes et non
plus composé exclusivement de substances chimiques. La
pharmaco-génétique, qui constitue encore en France un
domaine presque inexistant, mais qui étudie les raisons des
variations individuelles de réponses aux traitements
thérapeutiques, sera développée.
Complément
indispensable à une bonne recherche biologique de base, la
recherche clinique et la recherche en santé publique seront
encouragées. « Une bonne investigation clinique », a
poursuivi Pierre Douzou, devra engendrer de meilleurs soins,
délivrés plus tôt grâce à la
prévention et à moindre prix. « On peut attendre
une véritable révolution dans la découverte et le
traitement des maladies, dans l'humanisation de certains actes
médicaux, dans la réduction du prix et dans la
découverte de nouveaux médicaments » a poursuivi
Pierre Douzou. On estime, par exemple, qu'au rythme actuel des
progrès réalisés, l'informatique, à l'aube
de l'an 2000, pourra fournir des fonctions mille fois plus complexes
pour un prix de revient cent fois plus faible. On sait aussi que les
explorations du corps humain grâce à des techniques non
destructives portent en elles la promesse de I'humanisation tant
attendue des actes médicaux. Un seul élément
pourrait remettre l'ensemble de l'édifice en cause : que les
pouvoirs, publics, pour une raison quelconque, abandonnent ou modifient
leur politique d'aide à la recherche médicale.
Sylvie Vormus
Le monde 30 mars 1979
Le
nouveau Directeur général de l'Inserm veut
développer la recherche sur les maladies mentales, la nutrition,
la microbiologie et l'épidémiologie
Photo Michel
Depardieu/Inserm
Philippe Laudat, nouveau
directeur de l'Inserm a présenté mercredi 28 mars devant
la presse les priorités de l'action qu'il entend mener a la
tête de l'Institut.
Déplorant la
faiblesse des liens qui unissent, en France, les secteurs public,
universitaires, privés et industriel de la recherche, Philippe
Laudat a, notamment, rappelé que Constant Burg, son
prédécesseur, avait pris des mesures visant à
favoriser l'accueil dans les laboratoires de l'Inserm de chercheurs
universitaires ou hospitalo-universitaires, ou de médecins en
cours de formation, dans le cadre de l'internat des hôpitaux.
«Ces postes d'accueil», a-t-il ajouté, «ont eu
un très grand nombres de succès et je m'efforcerai d'en
multiplier le nombre. Il ne me paraît pas normal», a-t-il
poursuivi, «qu'un chercheur hautement spécialisé
dans un domaine et qui pourrait faire profiter de ses connaissances des
étudiants du niveau du troisième cycle ne puisse le faire
qu'a la sauvette, en fraude pratiquement, sous prétexte qu'aucune
passerelle n'existe entre l'université et l'Inserm.
De même, il ne
paraît pas du tout souhaitable qu'un chercheur médecin,
très bien formé par l'internat et le clinicat, mais qui a
opté pour la carrière de chercheur, ne puisse plus jamais
avoir accès aux malades dans un service hospitalier». En
outre, les liens entre la recherche publique et l'industrie restent
insuffisants», a noté Philippe Laudat, avant de
déclarer : «j'entends mettre en place, dès cette
année, les contrats de recherche avec l'industrie, mais je
précise que ce type de contrat ou ce type de relation avec le
milieu industriel n'aura jamais lieu qu'à la demande du
chercheur » .
D'autre part, le nouveau
directeur de l'Inserm a énuméré les secteurs de la
recherche qu'il lui paraît impératif de développer.
La recherche sur les maladies mentales, a-t-il relevé, reste
notoirement insuffisante, car il s'agit d'un «problème
majeur» de notre temps ; de même, le domaine de la
nutrition est encore trop largement inexploré et l'Inserm, sur
ce point, possède «un potentiel très faible».
L'épidémiologie ne dispose que de moyens trop modestes,
ainsi que la microbiologie pour laquelle la France doit combler son
retard, notamment par rapport aux Etats unis et au Japon. Reste le
génie biologique et médical pour lequel il faut concevoir
et réaliser des appareillages nouveaux… : «dans nos
laboratoires, 90 % des équipements viennent de l'étranger,
même les plus simples».
Le domaine du
médicament, notamment la pharmaco-toxicologie, reste en France a
encore noté M.Laudat, d'une grande pauvreté, alors que
notre pays compte un nombre impressionnant de chaires dans cette
discipline. Enfin, la recherche clinique, a conclu Philippe Laudat, est
insuffisamment développée, de même que le vaste
secteur de l'économie de la santé.
Le Quotidien du
médecin
29 mars 1979
Le
nouveau Directeur général de l'Inserm veut
décloisonner la recherche
Photo Michel
Depardieu/Inserm
Nommé
récemment Directeur général de l'Inserm, Philippe
Laudat a précisé, au cours d'une conférence de
presse, les grandes lignes du programme qu'il a défini pour les
années à venir.
Après avoir
énuméré les principales priorités, le
directeur de l'Inserm a souligné que, dans le domaine de la
recherche, la qualité devait dominer la quantité.
Il ne faut pas oublier que
le sigle Inserm comporte le S de «santé».
Aujourd'hui, ce mot a pris un sens particulier : les jeunes veulent
devenir adultes de plus en plus tôt, tandis que les adultes
refusent la vieillesse, voire la mort. De plus, nous voulons
bénéficier d'une harmonie corporelle, ce qui conduit
parfois à une demande surabondante de soins.
Le système de
santé français est trop compartimenté,
déplore Philippe Laudat. Le secteur privé est important
et comprend aussi bien les hôpitaux, les cliniques, les
laboratoires que l'industrie. Quant au secteur public, il est
constitué par les universités, les centres hospitaliers et
les différents organismes. Ces différents groupes de
travail sont séparés par de véritables murs. Pour
tenter de les faire tomber, l'Inserm prévoit de créer des
postes d'accueil destinés à favoriser le travail
d'hospitaliers (assistants, internes). Ces postes pourront accueillir
aussi bien des hospitaliers médecins, psychiatres que
pharmaciens. Malheureusement, constate M. Philippe Laudat, la
réciproque n'est pas vraie.
En ce qui concerne la
séparation entre le secteur public et le secteur privé, il
est intolérable que ces deux mondes se côtoient tout en
s'ignorant. Pour remédier à cet état de fait,
l'Inserm a décidé la création de contrats avec
l'industrie, ceux-ci ne pouvant être pris qu'à
l'initiative exclusive des chercheurs. Actuellement, il existe parfois
des coopérations entre les deux secteurs, mais elles ne sont pas
officielles. Désormais, les contrats permettront aux chercheurs
de travailler pendant un temps limité (pouvant atteindre six ans)
dans l'industrie privée, tout en conservant leur
ancienneté dans leur organisme de recherche d'origine. Philippe
Laudat attend beaucoup de cette expérience, dont le principe
a-été bien accueilli par l'industrie.
Enfin, dans le domaine de
l'amélioration des relations, l'Inserm a signé des accords
avec la plupart des pays «surdéveloppés»,
afin de favoriser les échanges entre les chercheurs. Ces
échanges se font déjà avec les Etats-Unis, le
Japon, la Grande-Bretagne, la Belgique, la Suède et Israël;
mais le nombre de postes doit être augmenté.
Les objectifs
prioritaires
Philippe Laudat a ensuite
précisé quels seraient les objectifs prioritaires dans les
années à venir. A l'intérieur même de cette
énumération, il est impossible de dire lequel de ces
objectifs sera le plus important. En tout premier lieu, l'effort de
l'Inserm doit porter sur la santé mentale, problème
majeur de notre temps. A cette occasion, Philippe Laudat a pu constater
avec satisfaction qu'à l'occasion du récent appel d'offres
pour une ATP (action thématique programmée) portant sur
l'étude de la schizophrénie, l'Inserm a reçu de
nombreuses propositions de coopération entre des chercheurs
neurobiologistes, psychiatres et psychanalystes.
La nutrition doit
constituer un deuxième objectif prioritaire. En effet, il existe
très peu de travaux s'intéressant à la pathologie
de la nutrition: pourquoi prend-on tel aliment à la place d'un
autre, quelle pourrait être la meilleure alimentation... ? Dans
ce domaine, l'Inserm doit également renforcer ses liens de
coopération avec l'lNRA (Institut national de la recherche
agronomique).
Un autre secteur doit
être développé, c'est celui de la microbiologie,
considérée non seulement dans son sens traditionnel, mais
également comprenant le secteur des recombinaisons
génétiques, dont on sait qu'il peut avoir de nombreuses
retombées dans le domaine de la santé et de l'industrie.
Il faut tenter de combler le retard de la France, qui compte trop peu de
microbiologistes, alors que le Japon, par exemple, en a 1 800.
Le génie biologique
et médical est une priorité déjà ancienne.
Elle sera maintenue. Philippe Laudat définit ce secteur de la
recherche : «il s'agit d'une part de concevoir, de créer,
de réaliser des prototypes d'appareillage (par exemple
prothèse ou instrument de laboratoire). D'autre part, il faut
que l'Inserm incite les industriels à s'intéresser
à la fabrication de matériel scientifique
déjà existant, mais dont le marché est
actuellement entre les mains de firmes étrangères.»
La pharmacotoxicologie doit
donner lieu à de nouveaux contrats, d'autant plus que la France
est l'un des pays qui a le plus de chaires de cette discipline. ,
l'Inserm veut promouvoir la
recherche clinique. Celle-ci concerne aussi bien l'homme normal que
l'homme malade. Pour cela, il faut en particulier que les chercheurs qui
reviennent d'effectuer des stages à l'étranger, et
notamment aux Etats-Unis, puissent trouver des postes d'accueil en
France.
L'économie de la
santé est un souci majeur de l'époque actuelle. M.
Philippe Laudat précise que l'Inserm doit s'attacher
essentiellement à résoudre les problèmes à
court terme et donne comme exemple les «abus» de
prescription d'examens de laboratoire induits par une certaine routine.
L'épidémiologie, enfin, doit constituer un des objectifs
prioritaires.