Thomas Tursz, La nouvelle médecine du cancer. Histoire et espoir, Odile Jacob, 2013, 252 p.

Le professeur Thomas Tursz vient de quitter les fonctions de directeur de l'Institut Gustave Roussy (IGR). Dans une autobiographie scientifique, le cancérologue évoque l'histoire de la cancérologie française et brosse les perspectives qu'ouvrent aujourd'hui les plus récents développements de la génomique médicale. Dans un style ignorant la langue de bois de certains de ses confrères, le pr. Tursz explique que la cancérologie se trouve aujourd’hui dans la situation des maladies infectieuses, il y a un siècle, soit quelque part entre la microbiologie de Pasteur et les antibiotiques de Fleming. Malgré des efforts thérapeutiques aussi toxiques que couteux, dit-il, peu de progrès ont été accomplis dans les cancers du poumon, du pancréas ou du cerveau. Aujourd'hui les plus beaux succès, comme dans les cancers du sein se mesurent moins en termes de durée que de qualité de vie ajoute t-il.

Dans deux chapitres qui raviront les historiens de la médecine, Thomas Tursz rend justice à son prédécesseur injustement oublié, Gustave Roussy, l'inventeur de la cancérologie moderne, une spécialité pluridisciplinaire qui a supplanté la médecine organiciste au cours d'une lutte fratricide dont il reste des traces  aujourd'hui au sein du corps médical. A l'inverse, le pr. Tursz règle quelques comptes en matière d'organisation de la cancérologie. Ainsi, la création de l'Institut Gustave Roussy à l'hôpital Paul Brousse de Villejuif au lendemain de la guerre, conçu comme un fédérateur des Centres de lutte contre le cancer (CLCC), mit la discipline en porte à faux lorsque Georges Mathé y installa son propre Institut de cancérologie et d'immuno-génétique (ICIG) dont il obtint le rattachement à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. A l'instigation de Pierre Denoix, l'un de ses prédécesseurs, la crise aboutit à la construction du building de l'IGR posé sur le plateau de Villejuif, mais dont Thomas Tursz ne cache pas les inconvénients techniques en matière d'aménagements hospitaliers.

Aujourd'hui, il s'agit non seulement de moderniser ces infrastructures, écrit-il, mais aussi de mener la cancérologie dans les nouvelles voies d'une médecine personnalisée autorisée par le séquençage à haut débit du génome humain. Partant du prédicat que chaque malade est unique, comme sa maladie, une analyse génétique fine permettant de dresser la carte d'identité de sa tumeur ouvrirait les nouvelles voies thérapeutiques d'une médecine personnalisée. Mais si la santé demeure l’une des premières préoccupations de nos concitoyens, elle n’est plus la priorité des gouvernements, ni même d’aucun parti politique déplore Thomas Tursz, qui évoque la priorité aujourd'hui accordée à des préoccupations d'ordre comptable. Il conclut son propos par la partie d'échec entre le chevalier et la mort dans le firme  'Le septième sceau' d'Igmar Bergman où cette dernière finit évidemment par l'emporter, mais en trichant.

                                                                                                         J-F Picard (09  2013)

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